Parcours
À
la mort de son père, Hadrien, pauvre petit orphelin,
devint le pupille et l'héritier présomptif
de Trajan. De fait, l'empereur était son plus proche
parent. S'il faut expliquer ces liens de parenté
et comme ces généalogies sont un peu compliquées,
simplifions en disant qu'Hadrien et Trajan avaient les mêmes
arrières grands-parents. De plus, Hadrien épousa
Sabine, la petite-nièce de Trajan.
Hadrien,
chaperonné par un empereur-soldat comme Trajan, ne
pouvait que recevoir une solide formation militaire. Cet
intellectuel fut donc parachuté dans des légions
casernées dans les coins les plus perdus de l'Empire,
sur les frontières du Rhin et du Danube, par exemple,
où il exerça les fonctions de tribun militaire.
Il accompagna ensuite Trajan dans sa campagne contre les
Parthes.
A
la mort de Trajan (117), Hadrien (41 ans) n'était
toujours que l'héritier présomptif de l'empereur
décédé. Méfiance ou superstition,
le brave Trajan n'avait pas désigné officiellement
de successeur. Cette omission funeste ne pouvait que provoquer
des troubles. Heureusement Plotine, veuve de Trajan et acquise
depuis longtemps à la cause d'Hadrien - certains
médisants personnages n'allèrent-ils pas jusqu'à
susurrer que la digne matrone avait eu de coupables faiblesses
pour ce grand garçon barbu - fit courir le bruit
que Trajan, sur son lit de mort, avait adopté Hadrien.
Ce
pieux mensonge légitima la prise de pouvoir d'Hadrien.
Seul un complot, tramé par quatre sénateurs
aussi séditieux qu'ambitieux vint menacer la paix
intérieure de l'Empire. Cette tentative de coup d'état
sénatorial fut réprimée rapidement
et brutalement… ce qui servit aussi d'avertissement salutaire
et prophylactique à un Sénat toujours prêt
à contester les prérogatives impériales.
Contrairement
à son prédécesseur et malgré
sa formation toute militaire, le nouvel empereur avait peu
goût pour la guerre. Hadrien renonça donc à
la politique impérialiste et expansionniste, de Trajan.
Des conquêtes de ce dernier, il ne garda que la Dacie
et l'Arabie et abandonna les provinces les plus exposées
(Arménie majeure, Mésopo1tamie). Pour bien
fixer les frontières, pour les protéger et
délimiter clairement les limites de l'Imperium romanum,
Hadrien renforça le "limes" germanique. En Grande-Bretagne,
il fit construire une muraille (le "Mur d'Hadrien") qui,
de l'embouchure de la Tyne au golfe de Solway, protégeait
les provinces romaines des invasions des Pictes d'Écosse.
Comme
Hadrien n'avait pas le même respect du Sénat
que son prédécesseur, il divisa l'Italie en
quatre districts dont l'administration fut ôtée
aux Sénateurs et confiée à quatre personnages
consulaires (ex-consuls). Il promulgua aussi un "Édit
perpétuel", vaste compilation de tous les édits
existant, et qui, rédigé par le jurisconsulte
Salvius Julianius, codifiait enfin le droit romain.
Au
cours de son règne (117-138), Hadrien effectua cinq
grands voyages touristiques qui furent autant de tournées
d'inspections. Par exemple, des monnaies indiquent qu'il
séjourna à Lyon vers 121-122., y fit construire
un nouvel aqueduc et restaura le théâtre et
l'amphithéâtre. Plus au Sud, à Nîmes,
il édifia une basilique en l'honneur de son ancienne
protectrice, l'impératrice-douairière Plotine.
Ces périples lui fournirent l'opportunité
de se faire une idée plus juste de la situation de
son Empire, des besoins de ses habitants, de l'état
de l'armée et surtout d'assouvir sa vaste curiosité.
Car Hadrien, même s'il était fasciné
par l'hellénisme (on le surnommait "Graeculus", "le
petit Grec") n'était pas polarisé au point
de négliger la diversité des cultures de ses
vastes états.
Ce
fut sans doute curiosité quasi universelle, trait
de caractère étonnamment moderne, qui incita
Marguerite Yourcenar à faire de cet autocrate de
l'Antiquité le sujet, le personnage principal et
l'auteur fictif des extraordinaires "Mémoires d'Hadrien",
chef-d'œuvre d'introspection psychologique. En fait, Hadrien
semble bien avoir écrit son "Autobiographie", mais
cette œuvre ne nous pas été conservée.
N'allons
cependant pas croire qu'Hadrien, cet empereur qu'on a décrit
comme "varius, multiplex, multiformis" (changeant, ondoyant,
insaisissable) ne fut qu'un troubadour rêveur, ou
encore que cet ami des arts grecs fut un "démocrate".
Rien de tout cela ! Sous le règne de ce personnage
pragmatique et autoritaire, les populations de l'Empire
furent gouvernées d'une poigne de fer et les rébellions
(en Maurétanie, en Grande-Bretagne et surtout en
Judée - nous en reparlerons) réprimées
sauvagement.
Contrôle
strict du Sénat, centralisation de l'Empire, despotisme,
des ingrédients qui ne favorisèrent pas la
popularité d'Hadrien, d'autant plus que son homosexualité
affichée scandalisait quelque peu les vieux Romains
traditionalistes : il fit (ou laissa) diviniser son favori,
le bel Antinoüs, accidentellement décédé
en Égypte, noyé lors d'une croisière
sur le Nil.
Hadrien
passa des dernières années dans la villa (Villa
Hadriana) qu'il s'était fait construire à
Tibur et avait décorée des reproductions des
plus belles œuvres d'art admirées au cours de ses
voyages. À Rome même, l'empereur fit édifier
le mausolée impérial (Moles Adriani) qui deviendra
le Château Saint-Ange.
La
révolte juive (judéo-chrétienne, christo-judaïque)
des années 116-117, celle qui interrompit la guerre
de conquête de Trajan en Perse et qui peut-être
provoqua aussi l'apoplexie fatale de l'empereur, avait,
en quelque sorte, inauguré le règne d'Hadrien.
Une autre révolte en Palestine, la dernière,
mais sans doute la plus grande et la plus dangereuse pour
Rome, en marquera le terme. On dispose de très peu
d'informations sur ce qui s'est réellement passé
en Judée entre les années 132 et 136. Il semble
cependant que le projet d'Hadrien, qui voulait édifier
une ville grecque à l'emplacement de Jérusalem,
fut à l'origine du soulèvement. Ce mouvement
insurrectionnel aurait pris naissance au sein des communautés
esséniennes de la Mer Morte, où un certain
Rabbi Akiba et un nommé Simon Bar Kochba se seraient
associés pour bouter les Romains hors de Terre Sainte.
Ce Bar Kochba revendiquait le trône d'Israël
au nom de son appartenance (réelle ou supposée)
à la lignée de David. Son nom indique d'ailleurs
aussi clairement son programme messianique (Bar Kochba =
"Fils de l'Étoile") que les paroles de Jésus
quand il s'exclamait : "Je suis la racine et le descendant
de David, l'Étoile brillante du matin" (Apocalypse.,
22 : 16).
De
là à supposer une filiation entre Jésus,
descendant de David, Menahem, le révolté de
66 qui, lui aussi, se proclamait issu de la lignée
de David, et notre Bar Kochba, fils de l'Étoile davidienne
et dernier insurgé juif de Palestine, il n'y a qu'un
pas… Quoi qu'il en soit, après quelques succès
initiaux, Bar Kochba, rabbi Akiba et leurs très nombreux
partisans (on parle de 500.000 hommes mais il s'agit sûrement
d'une exagération) furent contraints à se
retrancher dans la place forte de Bétar, près
de Jérusalem. et y succombèrent après
un très long siège. Le Fils de l'Étoile
tomba lors de l'ultime combat, tandis que rabbi Akiba était
brûlé vif après avoir été
longuement et horriblement torturé.
Hadrien,
qui avait interdit qu'on célébrât la
victoire contre les insurgés juifs, tant celle-ci
avait été chèrement acquise, put alors
donner libre cours à ses projets urbanistiques pour
Jérusalem : à l'emplacement de l'antique ville
sainte, complètement dévastée, s'éleva
désormais la cité gréco-romaine d'Aelia
Capitolina, strictement interdite aux Juifs. La dernière
révolte juive avait visiblement fait très
peur à l'empereur. C'est sans doute pourquoi il prit
une mesure une mesure radicale contre ce peuple "à
la nuque raide" : il interdit totalement la religion hébraïque.
C'était
là une mesure totalement inédite. En effet,
la notion de "persécution religieuse" était
totalement étrangère à ces superstitieux
de Romains qui souhaitaient toujours garder de bonnes relations
avec toutes les divinités de tous les peuples qu'ils
gouvernaient… Et surtout avec ce Dieu unique d'Israël
qui leur flanquait une froisse bleue. Le très bizarre,
inhabituel et exceptionnel édit "persécuteur"
d'Hadrien à l'encontre de la religion juive sera
d'ailleurs abrogé par son successeur Antonin, et
ce dès la première année de son règne.
Une
dernière chose "pour la bonne bouche" : les premiers
historiens de l'Église chrétienne, très
antisémites et très soucieux de se "racheter
une conduite" envers l'Empire romain, prétendront
que jamais au grand jamais, les Chrétiens ne participèrent
à la révolter de Bar Kochba.
"Qu'allez-vous
penser là, affirment-ils ? Au contraire, c'est cet
affreux rebelle de Bar Kochba qui persécutait les
Chrétiens ! Il faisait souffrir mille morts à
ceux qui lui tombaient sous la main !…" Il y a pourtant,
certaines coïncidences compromettantes...
En
105-106, les armées de Trajan envahissent la Jordanie
où les Chrétiens se sont réfugiés
"autour des parents de Jésus"… Et le pape Évariste
est exécuté à Rome. En 116-117, une
révolte juive, qui éclate sur les arrières
de son armée, oblige Trajan à renoncer à
ses conquêtes orientales… Et à Rome, le pape
Alexandre Ier subit le martyre, ainsi d'ailleurs que saint
Ignace, transféré à grands frais de
sa ville syrienne d'Antioche, à deux pas du théâtre
des opérations militaires, vers la capitale pour
y subir le plus infâme des supplices. Et en,fin, en
135-136, juste au moment où les armées d'Hadrien
écrasent la révolte de Bar Kochba, c'est au
tour du pape Télesphore de "recevoir la couronne
du martyre" à Rome.
Alors
je dis : ou bien les juges Romains, particulièrement
obtus, s'entêtaient à confondre les doux chrétiens
avec les plus fanatiques des patriotes juifs, ou bien les
Chrétiens étaient effectivement "partie prenante"
à toutes ces révoltes messianiques.
Et
comme les magistrats Romains n'étaient ni inhumains
ni imbéciles….
http://ibelgique.ifrance.com/lulucom/emp15.htm
Homosexualité
Comme
le montre le texte ci-dessus, l'homosexualité d'Hadrien
était bien connue et ne plaisait pas en hauts lieux.
Sa relation la plus aboutie fut celle avec Antinous.

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leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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