Parcours
Le
premier roman de Burroughs, The Naked Lunch (trad. fr.,
le Festin nu, 1959), une fiction cauchemardesque fondée
sur les effets de la toxicomanie, a été considéré
à la fois comme génial et démoniaque,
pour cause d'immoralité. ... C'est en tout cas devenu
un véritable classique, assurant à son auteur
une place de choix dans la littérature américaine
contemporaine.
Petit-fils
de William Seward Burroughs (1857-1898), l'inventeur de
la machine «comptable-enregistreuse» qui porte
son nom, Burroughs sortit diplômé du Harvard
College en 1936. Il sombra ensuite dans la délinquance
et la toxicomanie pendant de longues années, avant
de se faire désintoxiquer à l'âge de
quarante-cinq ans. Son premier livre, Junkie: Confessions
of an Unredeemed Drug Addict (Junkie, 1953), publié
sous le pseudonyme de William Lee, relate cette expérience.
La version non expurgée, Junky (trad. fr., le Camé),
ne fut publiée qu'en 1977.
Burrougs,
qui fit la connaissance d'Allen Ginsberg et de Jack Kerouac
à New York en 1943, devint un des «prophètes»
de la Beat generation; il a écrit des pièces
de théâtre (dont The Last Words of Dutch Schultz
en 1970), des poèmes (The Third Mind en 1970) et
des romans, notamment une sorte de trilogie: The Soft Machine
(trad. fr. la Machine molle, 1961), The Ticket That Exploded
(trad. fr. le Ticket qui explosa, 1962), et Nova Express
(1964).
Le
très autobiographique Queer, récit d'un amour
frustré, rédigé en 1952-1953, ne fut
publié qu'en 1985.
Dans
les années 1960 et 1970, Burroughs expérimenta
une nouvelle approche de la fiction: le montage-collage.
Il mit au point les techniques de cut-up (découpage)
et du fold-in (pliage): il s'agit de découper des
textes et de les réécrire après avoir
mélangé les morceaux, ou bien de plier des
pages sur elles-mêmes, afin d'obtenir des combinaisons
de mots intéressantes: The Wild Boys (trad. fr. les
Garçons sauvages, 1971), White Subway (trad. fr.
le Métro blanc, 1973), Cities of the Red Night (les
Cités de la nuit écarlate, 1981), The Place
of Dead Roads (Parages des voies mortes, 1983). Il a également
publié The Cat Inside (1986), The Western Lands (trad.
fr. les Terres occidentales, 1987), Interzone (1988), Ghost
of Chance (1991), My Education: A Book of Dreams (1994).
Burroughs,
qui a publié sa correspondance avec A.Ginsberg (The
Yate Letters, 1963; Letters of William S. Burroughs, 1945-1959,
1993), s'est également illustré dans la peinture,
la photographie, la sculpture, exposant à New York
et en Europe. Ces expériences lui firent toutefois
déclarer que «l'enfer de la peinture n'est rien
face à celui de l'écriture...».
encyclopédie
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Homosexualité
article
de Tétu
De
Jean Genet, il avait dit qu'il était le meilleur
écrivain français vivant. Pédé,
camé, assassin par inadvertance, précurseur
malgré lui de la scène rock américaine
indépendante, il avait été le fondateur
de la beat generation et avait fini par chanter avec Laurie
Anderson. Celui pour qui le "langage était un virus"
est mort le 2 août à quatre-vingt-trois ans.
Autopsie.
C'est
triste à dire, mais William Burroughs n'aura pas
eu une mort à la hauteur de sa réputation.
On imaginait plus sûrement celui qui a glorifié
le cocktail sexe et drogues à travers ses livres,
victime d'overdose ou assassiné par un gigolo dans
un bordel d'Amérique du Sud. Non, Burroughs aura
succombé à la mort préférée
de millions d'Américains engraissés au hamburger-milk-shake
: la crise cardiaque. Nul doute alors que sa mort s'inscrit
dans la lignée de la conspiration étatique
qu'il n'avait de cesse - paranoïa grandissante - de
dénoncer.
C'est
en 1943 à New York qu'il rencontre ceux dont le rôle
sera fondamental pour la suite de sa carrière, et
qui déclencheront chez lui le réflexe d'écriture
: Jack Kerouac, qui deviendra le leader emblématique
de la beat generation avec «Sur la route», Allen
Ginsberg le poète gay (mort il y a quelques mois),
et le toxico illuminé Herbert Huncke. Ensemble, ils
lisent les maudits de la littérature, refont le monde
et prennent de l'héroïne. Beaucoup. Exilé
au Mexique à la suite d'ennuis avec la police américaine,
Burroughs, ivre mort, tue accidentellement sa femme lors
d'une partie de tir façon Guillaume Tell. Cet incident
stupide est le déclic. Expulsé, il se jette
dans l'écriture. «Junkie», sur ses propres
déboires de toxico, fait scandale. Les livres suivants
- «Le Festin nu», «Les Garçons sauvages»,
la trilogie «Machine molle-Nova Express-Ticket qui
explosa», «Queer» (écrit en fait avant
«Junkie») - établissent progressivement
les thèmes ressassés à l'extrême
dans son oeuvre : le complot mondial, la technologie aliénatrice,
le sexe et la drogue. Initiateur avec Ginsberg du cut-up,
procédé littéraire qui consiste à
mélanger aléatoirement des fragments de texte
de son cru à des morceaux d'autres livres, il pose
les bases de son style, sec et dépouillé,
anguleux et répétitif jusqu'à l'obsession,
qui dynamite les conventions narratives de la littérature
traditionnelle et pose les bases sur lesquelles s'appuiera
la jeune littérature américaine à partir
des années 80 - et un certain nombre d'autres, mais
avec nettement moins de bonheur.
Symbole
avec Kerouac et Ginsberg de la contre-culture américaine,
il a été habilement et essentiellement récupéré
par le rock'n'roll pour le meilleur comme pour le pire,
de David Bowie à Laurie Anderson - qui fera sienne
comme un leitmotiv la théorie chère à
Burroughs : language is a virus, et l'invitera à
chanter sur «Home Of The Brave» et à valser
dans le show du même nom. Aujourd'hui, la littérature
de Burroughs, débarrassée de son halo collant
et maudit drogues-et-sexe, mérite mieux, un peu comme
celle de Rimbaud, que le statut de littérature pour
jeune révolté fumeur de joints en transit
à Amsterdam. Parce que l'écriture de Burroughs
est bien plus complexe qu'elle ne le laisse croire et bourrée
d'inventions stylistiques qui ne sont pas sans évoquer
le langage cinématographique.
Le
plus étonnant pourtant, alors que les médias
préfèrent s'intéresser à son
passé de junkie, reste la place occupée dans
son oeuvre par une homosexualité directe et violente,
profondément organique et viscérale, pas militante
pour un sou, se moquant des conventions, ne se justifiant
par aucun discours pontifiant, acquise d'emblée et
loin d'un prosélytisme théorisant.

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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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