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Thomas Mann

(Lübeck, 6 juin 1875 — Zurich, 1955)

Écrivain allemand

Parcours

Inscrit dans un XIXe siècle conservateur par ses origines et par sa culture, Thomas Mann est,par ses expériences et ses engagements,essentiellement un homme du XXe siècle: reflet d'un monde qui meurt, son œuvre, faite en partie de critique sociale, analyse et illustre l'abîme qui sépare l'artiste de la société ou, de manière plus générale et plus tragique, de la vie.

Thomas Mann est l'un des auteurs les plus connus de la littérature allemande contemporaine. Ses grands romans, les Buddenbrook, la Montagne magique, le Docteur Faustus, et certaines de ses nouvelles, par exemple la Mort à Venise , dont Luchino Visconti a réalisé en 1971 l'adaptation cinématographique, sont devenus des références universelles.

«Bourgeois, humaniste, poète»

Thomas Mann est né à Lübeck le 6 juin 1875. Son père, riche négociant, sénateur de l'ancienne ville hanséatique, incarne la rigueur et l'efficacité traditionnelles des marchands protestants de l'Allemagne du Nord. Sa mère, d'ascendance allemande et brésilienne, représente le versant opposé: la fragilité, l'imagination, une vive inclination pour l'art, en particulier la musique. Un tel contraste dans ses origines détermine fortement et définitivement la structure intellectuelle et psychologique de l'enfant.

Il fréquente le lycée de Lübeck, où il ne se distingue pas comme un élève particulièrement brillant. En 1893, après la mort de son père, il quitte le lycée et la ville pour aller s'installer à Munich avec sa famille. Ayant interrompu ses études secondaires avant d'avoir passé le baccalauréat, il fait d'abord un stage dans une compagnie d'assurances contre l'incendie. Mais très vite il commence à écrire: d'abord de courtes nouvelles dans des revues, notamment le Simplicissimus, hebdomadaire politique et satirique fondé en 1896. Après deux séjours à Rome auprès de son frère Heinrich, puis un service militaire écourté, il publie en 1901 les Buddenbrook, déclin d'une famille. À vingt-cinq ans, Thomas Mann peut se considérer comme un écrivain. Cinq ans plus tard, il épouse Katia Pringsheim. Il demeure à Munich, où il poursuit son activité d'écrivain, pour laquelle le prix Nobel de littérature lui sera décerné en 1929. En janvier 1933, au moment où Hitler prend le pouvoir, il se trouve en Suisse et ne rentre pas en Allemagne. Il passe quelque temps en France, puis revient en Suisse avant d'émigrer en 1938 aux États-Unis, où il accepte la chaire que lui offre l'université de Princeton et où il bénéficie également de l'aide de mécènes généreux. Le régime nazi l'ayant déchu de la nationalité allemande en 1936, il avait obtenu la nationalité tchécoslovaque; en 1944, il devient citoyen des États-Unis. Durant son exil, sans cesser de se consacrer à la littérature, il publie des articles et fait des allocutions radiophoniques contre le nazisme. En 1947, il voyage en Europe; en 1949, lors d'un séjour en Allemagne, où le prix Goethe vient de lui être décerné, l'écrivain prononce un discours à Francfort et à Weimar. Rentré définitivement en Europe en 1954, Thomas Mann s'installe à Kilchberg, près de Zurich, où il meurt le 12 août 1955.

Une famille d'écrivains 

De quatre ans l'aîné de Thomas, Heinrich Mann (1871-1950) fut également romancier. On lui doit notamment le Professeur Unrat (1905) – adapté au cinéma en 1930 par Josef von Sternberg sous le titre l'Ange bleu, film qui lança Marlene Dietrich – et le Sujet (écrit en 1914, publié en 1918). Grand connaisseur de la culture française – il est l'auteur d'un essai sur Zola et de la Jeunesse et la Maturité du roi Henri IV (1935-1938) –, il gagna la France en 1933, après un exil en Tchécoslovaquie, avant d'émigrer aux États-Unis en 1940.

Des enfants de Thomas Mann, Erika (1905-1969) fut aussi écrivain, et Golo (1909-1994) historien. Quant à Klaus (1906-1949), le fils aîné, ardemment antifasciste, il est l'auteur de Mephisto (1936), qui décrit la carrière d'un opportuniste sous le IIIe Reich. Il dut également s'exiler: en Californie, les milieux d'immigrés lui inspirèrent le Volcan (1939). De retour en Europe après la Seconde Guerre mondiale, mais désenchanté, il se suicida à Cannes.

Littérature ou politique

Le romancier, qui se définit lui-même comme «apolitique» – ses Considérations d'un apolitique (1918) le brouillent pour longtemps avec son frère Heinrich, nettement engagé à gauche – et qui affirme la priorité de la littérature sur la politique, de l'«ironie» sur le «radicalisme», a rédigé de nombreux essais dans lesquels il tente d'analyser les événements et les mutations de son époque. Conditionné par le milieu de la grande bourgeoisie d'affaires dans lequel il est né et a grandi, Thomas Mann est avant tout soucieux de maintenir les valeurs traditionnelles qui permettent à l'individu de développer, contre le radicalisme de l'engagement politique, les forces du rêve et de l'ironie, indispensables à la création artistique, dont il trouve le modèle chez des romantiques allemands tels que le chrétien piétiste Novalis (1772-1801). Seuls la monarchie et l'attachement à la nation peuvent à ses yeux garantir ces valeurs, et les Pensées de guerre (1914) témoignent clairement de son engagement nationaliste et conservateur. Cependant, quatre ans plus tard, les Considérations, jugées trop intellectuelles, ne lui assurent auprès de la droite, si l'on excepte les jeunes conservateurs, ni crédibilité ni influence réelle.

L'engagement

En 1922, Thomas Mann amorce une conversion politique: le 24 juin,Walther Rathenau, ministre des Affaires étrangères de la république de Weimar, est assassiné par des membres de l'organisation Consul, d'extrême droite. C'est pour l'écrivain le signe qu'il est temps de se rallier à la démocratie de Weimar, ce qu'il tente de faire dans un discours prononcé à Berlin – puis publié – à l'occasion du soixantième anniversaire du dramaturge et romancier Gerhart Hauptmann, mais dans lequel la profession de foi républicaine manque quelque peu de conviction. Hans Castorp, le héros de la Montagne magique (1924), s'engagera dans l'armée allemande pour défendre la nation. Mais il faut attendre la montée du national-socialisme et la prise du pouvoir par les nazis pour constater un engagement profond – plus humaniste et humanitaire que politique – pour la raison contre la barbarie, pour la social-démocratie contre ce que Thomas Mann qualifie d'«archaïsme romantique politiquement dangereux» (Appel à la raison, 1930). Dès lors, sa position, illustrée dans la superbe tragédie du Docteur Faustus, son avant-dernier roman, ne cesse de se confirmer, pendant l'exil et après.

Portrait d'une société

Toute l'œuvre de Thomas Mann peut être considérée comme une fresque représentant la société de son époque, ou, plus exactement, sa fin. Dès l'âge de vingt-cinq ans, rédigeant la grande saga familiale des Buddenbrook, il met en scène les dangers qui menacent le système des valeurs bourgeoises traditionnelles auxquelles il croit. Il n'y a pas trace de révolte ou de contestation sociale dans l'œuvre de Thomas Mann. L'évocation de la société repose sur le contraste radical entre deux types d'individus. D'un côté, on trouve les négociants industrieux, tous ceux qui fondent leur existence et celle de leur famille sur la valeur morale et marchande du travail, et que le romancier évoque tantôt avec sérieux, tantôt avec humour, presque toujours avec tendresse. De l'autre côté, il y a les tempéraments singuliers, contestataires par inaptitude à l'intégration sociale (Christian Buddenbrook), ou poussés vers l'art et l'esprit par une force irrésistible (Hanno Buddenbrook, Tonio Kröger, Adrian Leverkühn). Lorsque Thomas Mann parle de la société, c'est toujours en relation avec le thème fondamental qui traverse toute son œuvre: y a-t-il ou non compatibilité entre l'art et la vie?

L'artiste

Nombreuses sont les figures d'artistes qui, toujours plus, peuplent les romans et nouvelles de Thomas Mann. Dans ses premières publications, le conflit entre le bourgeois et l'artiste apparaît comme un thème central. Du foisonnement de l'œuvre émergent l'enfant musicien Hanno Buddenbrook, l'adolescent poète Tonio Kröger, et deux hommes, deux compositeurs: Gustav von Aschenbach dans la Mort à Venise et Adrian Leverkühn dans le Docteur Faustus. Dès l'enfance, l'artiste se distingue par une sensibilité qui l'isole de son solide entourage bourgeois. Il a, très tôt, la prescience de son destin tragique, la certitude d'une fragilité qui le rend inapte à la vie. C'est ainsi que, poussé par une inspiration prémonitoire, le petit Hanno Buddenbrook, dans le grand livre de la famille, tire un trait sous son nom: il sait, ou il sent, qu'il sera le dernier. À l'exception de Tonio Kröger, que Thomas Mann décide de réconcilier – dans l'humour – avec le monde de la santé et de la vie, les artistes sont voués à un destin tragique. La rencontre avec la beauté est génératrice de mort, et peu importe que Gustav von Aschenbach meure du choléra à Venise – en fait, c'est à la rencontre avec le jeune Tadzio qu'il ne peut survivre, illustrant ces vers du poète Platen, placés par Visconti en exergue à son film: «Qui a de ses yeux regardé la beauté, / Il est depuis lors voué à mourir.» Comparable au destin de l'artiste, il faut signaler celui de certaines femmes, fragiles, sensibles, portées vers l'art, forcées de s'adapter à la vie que leur imposent leur mari et la société, donnant elles-mêmes la vie alors qu'elles sont incapables de vivre (Gabrielle Klöterjahn dans Tristan).

Obsédé par cette tension entre l'art et la vie, Thomas Mann est fasciné par l'écrivain qui, à ses yeux, sut concilier les deux, et pour qui l'art, loin de représenter l'ignorance du conflit, en permet le dépassement: Goethe, qu'il évoque en 1923 dans son essai Goethe et Tolstoï, et en 1939, sur le mode de la fiction, dans son roman Lotte à Weimar.

Le style

L'art de Thomas Mann peut se définir comme celui du «roman romanesque» au sens le plus traditionnel. Dès la première page d'un roman ou d'une nouvelle, le lecteur entre dans un univers qui le retient par une extraordinaire force de réalité. Thomas Mann sait créer des personnages, évoquer des lieux, rendre des atmosphères qui donnent au lecteur l'impression de vivre de l'intérieur l'histoire qui lui est racontée. L'intrigue est parfois même sans intérêt: c'est le cas dans Joseph et ses frères, où Thomas Mann emprunte son sujet à la Bible et, à partir de quelques pages de la Genèse, construit une tétralogie de 1 800 pages. Dès lors, l'intérêt n'est plus dans l'action, mais dans la magie du récit, qui repose aussi bien sur la richesse de la langue que sur la technique malicieuse du narrateur. Car il ne faudrait pas se laisser abuser par la notion de «roman romanesque». Thomas Mann n'est pas un écrivain naïf. Il use des genres littéraires qu'il reprend ou parodie, et les Confessions du chevalier d'industrie Felix Krull (1954, inachevé) sont à la fois une référence au roman picaresque et une parodie du Wilhelm Meister de Goethe. D'un roman, d'une nouvelle à l'autre, souvent à l'intérieur d'un même texte, il joue avec les différentes perspectives narratives. Il introduit le lecteur dans un univers qu'il lui fait découvrir en même temps que les personnages, un peu à la manière du détective menant une enquête dans certains romans noirs américains: c'est le début des Buddenbrook. Mais il peut aussi bien, dans le même passage, intervenir en tant qu'auteur et s'adresser à son lecteur par une remarque signalant à la fois sa présence et son omniscience. Parfois, il se présente comme un chroniqueur (l'Élu) ou comme l'ami d'enfance du personnage dont il raconte la vie (le Docteur Faustus), ce qui lui permet de mêler à son récit tragique des considérations sur le présent non moins tragique du national-socialisme. De ce jeu infini avec toutes les ressources de l'art narratif naît cette impression de foisonnement qui caractérise l'œuvre de Thomas Mann.

(yahoo encyclopédie)

Homosexualité

Thomas Mann ou l'amoureux malheureux

En 1903, Thomas Mann (1875-1955) n'a que 28 ans lorsqu'il publie "Tonio Kröger", un récit qui narre les aventures d'un jeune homme d'origine bourgeoise à l'esprit tourmenté. Dans sa correspondance publiée en 1955, l'année de sa mort, Thomas Mann précise que l'histoire d'amour entre Tonio Kröger et son camarade de classe Hans Hansen est autobiographique.

En 1912, il publie "Mort à Venise". Le célèbre roman, adapté par Visconti au cinéma en 1972, raconte l'histoire du docteur Aschenbach qui tombe amoureux du bel adolescent Tadzio sur les plages du Lido vénitien. Enfermé dans ses désirs inassouvis, ne trouvant d'issue à son amour, Aschenbach préfère se laisser tuer par l'épidémie de choléra qui sévit à Venise plutôt que de retourner en Allemagne.

Comme beaucoup d'autres, Thomas Mann rejette son homosexualité et n'a consommé ses désirs qu'à peu de reprises. Il se marie à une riche héritière de la haute société en 1905 qui lui donnera six enfants, dont l'aîné, Klaus Mann, deviendra aussi écrivain. Ce dernier vivra son homosexualité beaucoup plus ouvertement que son père et s'engagera ouvertement contre les persécutions nazies.

Prix Nobel de littérature en 1929, Thomas Mann a détruit tous ses carnets intimes jusqu'en 1918, mais il confesse ses attirances érotiques dans ses "Notes quotidiennes du soir à n'ouvrir que vingt ans après ma mort". Il devient impuissant avec sa femme et a quelques aventures avec de jeunes garçons lorsqu'il a passé quarante ans. A l'image de son héros le docteur Aschenbach, Thomas Mann représente le type de l'homosexuel solitaire et malheureux, reclus dans son placard.

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