Parcours
Inscrit
dans un XIXe siècle conservateur par ses origines
et par sa culture, Thomas Mann est,par ses expériences
et ses engagements,essentiellement un homme du XXe siècle:
reflet d'un monde qui meurt, son œuvre, faite en partie
de critique sociale, analyse et illustre l'abîme qui
sépare l'artiste de la société ou,
de manière plus générale et plus tragique,
de la vie.
Thomas
Mann est l'un des auteurs les plus connus de la littérature
allemande contemporaine. Ses grands romans, les Buddenbrook,
la Montagne magique, le Docteur Faustus, et certaines de
ses nouvelles, par exemple la Mort à Venise , dont
Luchino Visconti a réalisé en 1971 l'adaptation
cinématographique, sont devenus des références
universelles.
«Bourgeois,
humaniste, poète»
Thomas
Mann est né à Lübeck le 6 juin 1875.
Son père, riche négociant, sénateur
de l'ancienne ville hanséatique, incarne la rigueur
et l'efficacité traditionnelles des marchands protestants
de l'Allemagne du Nord. Sa mère, d'ascendance allemande
et brésilienne, représente le versant opposé:
la fragilité, l'imagination, une vive inclination
pour l'art, en particulier la musique. Un tel contraste
dans ses origines détermine fortement et définitivement
la structure intellectuelle et psychologique de l'enfant.
Il
fréquente le lycée de Lübeck, où
il ne se distingue pas comme un élève particulièrement
brillant. En 1893, après la mort de son père,
il quitte le lycée et la ville pour aller s'installer
à Munich avec sa famille. Ayant interrompu ses études
secondaires avant d'avoir passé le baccalauréat,
il fait d'abord un stage dans une compagnie d'assurances
contre l'incendie. Mais très vite il commence à
écrire: d'abord de courtes nouvelles dans des revues,
notamment le Simplicissimus, hebdomadaire politique et satirique
fondé en 1896. Après deux séjours à
Rome auprès de son frère Heinrich, puis un
service militaire écourté, il publie en 1901
les Buddenbrook, déclin d'une famille. À vingt-cinq
ans, Thomas Mann peut se considérer comme un écrivain.
Cinq ans plus tard, il épouse Katia Pringsheim. Il
demeure à Munich, où il poursuit son activité
d'écrivain, pour laquelle le prix Nobel de littérature
lui sera décerné en 1929. En janvier 1933,
au moment où Hitler prend le pouvoir, il se trouve
en Suisse et ne rentre pas en Allemagne. Il passe quelque
temps en France, puis revient en Suisse avant d'émigrer
en 1938 aux États-Unis, où il accepte la chaire
que lui offre l'université de Princeton et où
il bénéficie également de l'aide de
mécènes généreux. Le régime
nazi l'ayant déchu de la nationalité allemande
en 1936, il avait obtenu la nationalité tchécoslovaque;
en 1944, il devient citoyen des États-Unis. Durant
son exil, sans cesser de se consacrer à la littérature,
il publie des articles et fait des allocutions radiophoniques
contre le nazisme. En 1947, il voyage en Europe; en 1949,
lors d'un séjour en Allemagne, où le prix
Goethe vient de lui être décerné, l'écrivain
prononce un discours à Francfort et à Weimar.
Rentré définitivement en Europe en 1954, Thomas
Mann s'installe à Kilchberg, près de Zurich,
où il meurt le 12 août 1955.
Une
famille d'écrivains
De
quatre ans l'aîné de Thomas, Heinrich Mann
(1871-1950) fut également romancier. On lui doit
notamment le Professeur Unrat (1905) – adapté au
cinéma en 1930 par Josef von Sternberg sous le titre
l'Ange bleu, film qui lança Marlene Dietrich – et
le Sujet (écrit en 1914, publié en 1918).
Grand connaisseur de la culture française – il est
l'auteur d'un essai sur Zola et de la Jeunesse et la Maturité
du roi Henri IV (1935-1938) –, il gagna la France en 1933,
après un exil en Tchécoslovaquie, avant d'émigrer
aux États-Unis en 1940.
Des
enfants de Thomas Mann, Erika (1905-1969) fut aussi écrivain,
et Golo (1909-1994) historien. Quant à Klaus (1906-1949),
le fils aîné, ardemment antifasciste, il est
l'auteur de Mephisto (1936), qui décrit la carrière
d'un opportuniste sous le IIIe Reich. Il dut également
s'exiler: en Californie, les milieux d'immigrés lui
inspirèrent le Volcan (1939). De retour en Europe
après la Seconde Guerre mondiale, mais désenchanté,
il se suicida à Cannes.
Littérature
ou politique
Le
romancier, qui se définit lui-même comme «apolitique»
– ses Considérations d'un apolitique (1918) le brouillent
pour longtemps avec son frère Heinrich, nettement
engagé à gauche – et qui affirme la priorité
de la littérature sur la politique, de l'«ironie»
sur le «radicalisme», a rédigé de
nombreux essais dans lesquels il tente d'analyser les événements
et les mutations de son époque. Conditionné
par le milieu de la grande bourgeoisie d'affaires dans lequel
il est né et a grandi, Thomas Mann est avant tout
soucieux de maintenir les valeurs traditionnelles qui permettent
à l'individu de développer, contre le radicalisme
de l'engagement politique, les forces du rêve et de
l'ironie, indispensables à la création artistique,
dont il trouve le modèle chez des romantiques allemands
tels que le chrétien piétiste Novalis (1772-1801).
Seuls la monarchie et l'attachement à la nation peuvent
à ses yeux garantir ces valeurs, et les Pensées
de guerre (1914) témoignent clairement de son engagement
nationaliste et conservateur. Cependant, quatre ans plus
tard, les Considérations, jugées trop intellectuelles,
ne lui assurent auprès de la droite, si l'on excepte
les jeunes conservateurs, ni crédibilité ni
influence réelle.
L'engagement
En
1922, Thomas Mann amorce une conversion politique: le 24
juin,Walther Rathenau, ministre des Affaires étrangères
de la république de Weimar, est assassiné
par des membres de l'organisation Consul, d'extrême
droite. C'est pour l'écrivain le signe qu'il est
temps de se rallier à la démocratie de Weimar,
ce qu'il tente de faire dans un discours prononcé
à Berlin – puis publié – à l'occasion
du soixantième anniversaire du dramaturge et romancier
Gerhart Hauptmann, mais dans lequel la profession de foi
républicaine manque quelque peu de conviction. Hans
Castorp, le héros de la Montagne magique (1924),
s'engagera dans l'armée allemande pour défendre
la nation. Mais il faut attendre la montée du national-socialisme
et la prise du pouvoir par les nazis pour constater un engagement
profond – plus humaniste et humanitaire que politique –
pour la raison contre la barbarie, pour la social-démocratie
contre ce que Thomas Mann qualifie d'«archaïsme
romantique politiquement dangereux» (Appel à
la raison, 1930). Dès lors, sa position, illustrée
dans la superbe tragédie du Docteur Faustus, son
avant-dernier roman, ne cesse de se confirmer, pendant l'exil
et après.
Portrait
d'une société
Toute
l'œuvre de Thomas Mann peut être considérée
comme une fresque représentant la société
de son époque, ou, plus exactement, sa fin. Dès
l'âge de vingt-cinq ans, rédigeant la grande
saga familiale des Buddenbrook, il met en scène les
dangers qui menacent le système des valeurs bourgeoises
traditionnelles auxquelles il croit. Il n'y a pas trace
de révolte ou de contestation sociale dans l'œuvre
de Thomas Mann. L'évocation de la société
repose sur le contraste radical entre deux types d'individus.
D'un côté, on trouve les négociants
industrieux, tous ceux qui fondent leur existence et celle
de leur famille sur la valeur morale et marchande du travail,
et que le romancier évoque tantôt avec sérieux,
tantôt avec humour, presque toujours avec tendresse.
De l'autre côté, il y a les tempéraments
singuliers, contestataires par inaptitude à l'intégration
sociale (Christian Buddenbrook), ou poussés vers
l'art et l'esprit par une force irrésistible (Hanno
Buddenbrook, Tonio Kröger, Adrian Leverkühn).
Lorsque Thomas Mann parle de la société, c'est
toujours en relation avec le thème fondamental qui
traverse toute son œuvre: y a-t-il ou non compatibilité
entre l'art et la vie?
L'artiste
Nombreuses
sont les figures d'artistes qui, toujours plus, peuplent
les romans et nouvelles de Thomas Mann. Dans ses premières
publications, le conflit entre le bourgeois et l'artiste
apparaît comme un thème central. Du foisonnement
de l'œuvre émergent l'enfant musicien Hanno Buddenbrook,
l'adolescent poète Tonio Kröger, et deux hommes,
deux compositeurs: Gustav von Aschenbach dans la Mort à
Venise et Adrian Leverkühn dans le Docteur Faustus.
Dès l'enfance, l'artiste se distingue par une sensibilité
qui l'isole de son solide entourage bourgeois. Il a, très
tôt, la prescience de son destin tragique, la certitude
d'une fragilité qui le rend inapte à la vie.
C'est ainsi que, poussé par une inspiration prémonitoire,
le petit Hanno Buddenbrook, dans le grand livre de la famille,
tire un trait sous son nom: il sait, ou il sent, qu'il sera
le dernier. À l'exception de Tonio Kröger, que
Thomas Mann décide de réconcilier – dans l'humour
– avec le monde de la santé et de la vie, les artistes
sont voués à un destin tragique. La rencontre
avec la beauté est génératrice de mort,
et peu importe que Gustav von Aschenbach meure du choléra
à Venise – en fait, c'est à la rencontre avec
le jeune Tadzio qu'il ne peut survivre, illustrant ces vers
du poète Platen, placés par Visconti en exergue
à son film: «Qui a de ses yeux regardé
la beauté, / Il est depuis lors voué à
mourir.» Comparable au destin de l'artiste, il faut
signaler celui de certaines femmes, fragiles, sensibles,
portées vers l'art, forcées de s'adapter à
la vie que leur imposent leur mari et la société,
donnant elles-mêmes la vie alors qu'elles sont incapables
de vivre (Gabrielle Klöterjahn dans Tristan).
Obsédé
par cette tension entre l'art et la vie, Thomas Mann est
fasciné par l'écrivain qui, à ses yeux,
sut concilier les deux, et pour qui l'art, loin de représenter
l'ignorance du conflit, en permet le dépassement:
Goethe, qu'il évoque en 1923 dans son essai Goethe
et Tolstoï, et en 1939, sur le mode de la fiction,
dans son roman Lotte à Weimar.
Le
style
L'art
de Thomas Mann peut se définir comme celui du «roman
romanesque» au sens le plus traditionnel. Dès
la première page d'un roman ou d'une nouvelle, le
lecteur entre dans un univers qui le retient par une extraordinaire
force de réalité. Thomas Mann sait créer
des personnages, évoquer des lieux, rendre des atmosphères
qui donnent au lecteur l'impression de vivre de l'intérieur
l'histoire qui lui est racontée. L'intrigue est parfois
même sans intérêt: c'est le cas dans
Joseph et ses frères, où Thomas Mann emprunte
son sujet à la Bible et, à partir de quelques
pages de la Genèse, construit une tétralogie
de 1 800 pages. Dès lors, l'intérêt
n'est plus dans l'action, mais dans la magie du récit,
qui repose aussi bien sur la richesse de la langue que sur
la technique malicieuse du narrateur. Car il ne faudrait
pas se laisser abuser par la notion de «roman romanesque».
Thomas Mann n'est pas un écrivain naïf. Il use
des genres littéraires qu'il reprend ou parodie,
et les Confessions du chevalier d'industrie Felix Krull
(1954, inachevé) sont à la fois une référence
au roman picaresque et une parodie du Wilhelm Meister de
Goethe. D'un roman, d'une nouvelle à l'autre, souvent
à l'intérieur d'un même texte, il joue
avec les différentes perspectives narratives. Il
introduit le lecteur dans un univers qu'il lui fait découvrir
en même temps que les personnages, un peu à
la manière du détective menant une enquête
dans certains romans noirs américains: c'est le début
des Buddenbrook. Mais il peut aussi bien, dans le même
passage, intervenir en tant qu'auteur et s'adresser à
son lecteur par une remarque signalant à la fois
sa présence et son omniscience. Parfois, il se présente
comme un chroniqueur (l'Élu) ou comme l'ami d'enfance
du personnage dont il raconte la vie (le Docteur Faustus),
ce qui lui permet de mêler à son récit
tragique des considérations sur le présent
non moins tragique du national-socialisme. De ce jeu infini
avec toutes les ressources de l'art narratif naît
cette impression de foisonnement qui caractérise
l'œuvre de Thomas Mann.
(yahoo
encyclopédie)
Homosexualité
Thomas
Mann ou l'amoureux malheureux
En
1903, Thomas Mann (1875-1955) n'a que 28 ans lorsqu'il publie
"Tonio Kröger", un récit qui narre les aventures
d'un jeune homme d'origine bourgeoise à l'esprit
tourmenté. Dans sa correspondance publiée
en 1955, l'année de sa mort, Thomas Mann précise
que l'histoire d'amour entre Tonio Kröger et son camarade
de classe Hans Hansen est autobiographique.
En
1912, il publie "Mort à Venise". Le célèbre
roman, adapté par Visconti au cinéma en 1972,
raconte l'histoire du docteur Aschenbach qui tombe amoureux
du bel adolescent Tadzio sur les plages du Lido vénitien.
Enfermé dans ses désirs inassouvis, ne trouvant
d'issue à son amour, Aschenbach préfère
se laisser tuer par l'épidémie de choléra
qui sévit à Venise plutôt que de retourner
en Allemagne.
Comme
beaucoup d'autres, Thomas Mann rejette son homosexualité
et n'a consommé ses désirs qu'à peu
de reprises. Il se marie à une riche héritière
de la haute société en 1905 qui lui donnera
six enfants, dont l'aîné, Klaus Mann, deviendra
aussi écrivain. Ce dernier vivra son homosexualité
beaucoup plus ouvertement que son père et s'engagera
ouvertement contre les persécutions nazies.
Prix
Nobel de littérature en 1929, Thomas Mann a détruit
tous ses carnets intimes jusqu'en 1918, mais il confesse
ses attirances érotiques dans ses "Notes quotidiennes
du soir à n'ouvrir que vingt ans après ma
mort". Il devient impuissant avec sa femme et a quelques
aventures avec de jeunes garçons lorsqu'il a passé
quarante ans. A l'image de son héros le docteur Aschenbach,
Thomas Mann représente le type de l'homosexuel solitaire
et malheureux, reclus dans son placard.

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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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