Parcours
(extrait
du site www.saphisme.com, texte de Christine Esbérard webmastrice)
Sappho
a vécu dans l'Antiquité, au VIIe siècle
av. J.-C.. Elle naquit vers 630 avant notre ère sur
l'île Lesbos dans la mer Egée, " île
détachée de l'Asie ". Peuplée par les
Eoliens, habitants de la Côte d'Asie Mineure, Lesbos
est le foyer d'une civilisation remarquée dès
le VIIe siècle av. J.-C.. L'île est l'un des
centres les plus créatifs de la musique et de la
poésie, illustré par les poètes lyriques,
Terpandre de Lesbos, Arion et Alcée contemporains
de Sappho.
Première
poétesse de l'Occident, Sappho est également
l'un des premiers poètes à exprimer en dialecte
éolien, non pas la vie des dieux ou de personnages
légendaires comme la raconte Homère, mais
sa propre vie amoureuse avec beauté et franchise.
Les poèmes épiques, où les aventures
de héros liées à la volonté
des dieux sont glorifiées, font place aux poèmes
lyriques, qui décrivent les tourments et les joies
de l'individu, les excès de la passion. Sur les rives
de l'Asie est inventée l'élégie pour
exprimer les souffrances de l'amour.
Aucun
manuscrit ne nous est resté de la poésie des
temps archaïques. Seulement, des références
littéraires éparpillées, des citations
et des fragments cités quelques siècles après
la mort de Sappho par les grammairiens, les métriciens,
les historiens et par les critiques littéraires des
temps antiques témoignent de la vie, de la légende
et de l'oeuvre de Sappho.
L'oeuvre
poétique de Sappho se compose notamment de deux odes
:
L'ode
I ou l'Ode à Aphrodite (citée intégralement
par le rhéteur romain Denis d'Halicarnasse (54 av.
J.-C.- 8 ap. J.-C.) est une prière adressée
à la déesse Aphrodite pour que l'être
aimé réponde à l'amour de Sappho.
L'ode
II ou l'Ode à l'aimée ou L'Egal des Dieux
est citée par le pseudo-Longin, l'auteur du Traité
du Sublime traduit plus tard par Boileau. Cette ode décrit
pour la première fois dans le monde occidental et
de manière définitivement "sublime" les réactions
somatiques du sentiment amoureux. Cette ode inspira bien
des traductions et des versions de Catulle (82-52 av. J.-C.).
En 1998, Philippe Brunet colligea "L'Egal des Dieux, cent
versions d'un poème de Sappho (Ed. Allia).
Voici
le premier poème de Sappho, unique texte retrouvé
dans son intégralité. La poétesse lance
une prière à Aphrodite, la déesse de
l'Amour et de la Beauté, pour que, "de nouveau",
celle qu'elle aime ne lui résiste pas. La quête
de cette énième passion est assimilée
à un "combat" et l'absence d'amour est ressentie
comme une "injure". Je présente ici la traduction
de Théodore Reinach avec la colaboration d'Aimé
Puech (Ed. Les Belles Lettres, première éd.
1937) :
"Toi
dont le trône étincelle, ô immortelle
Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames ,
je
t'implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts
ou chagrins affliger mon âme,
Mais
viens ici, si jamais autrefois entendant de loin ma voix,
tu m'as écoutée,
quand,
quittant la demeure dorée de ton père tu venais,
Après
avoir attelé ton char, de beaux passereaux rapides
t'entraînaient autour de la terre sombre,
secouant
leurs ailes serrées et du haut du ciel tirant droit
à travers l'éther.
Vite
ils étaient là. Et toi, bienheureuse, éclairant
d'un sourire ton immortel visage, tu demandais,
quelle
était cette nouvelle souffrance, pourquoi de nouveau
j'avais crié vers toi,
Quel
désir ardent travaillait mon coeur insensé
: " Quelle est donc celle que, de nouveau, tu
supplies
la Persuasive d'amener vers ton amour ? qui, ma Sappho,
t'a fait injure ?
Parle
: si elle te fuit, bientôt elle courra après
toi ; si elle refuse tes présents, elle t'en offrira
elle
même
; si elle ne t'aime pas, elle t'aimera bientôt, qu'elle
le veuille ou non ".
Cette
fois encore, viens à moi, délivre moi de mes
âpres soucis, tout ce que désire mon âme,
exauce-le,
et sois toi-même mon soutien dans le combat."
Homosexualité
(ici lesbianisme ou sapphisme)
La
célèbre poétesse Sapho a donné
son nom aux amours entre femmes. A Lesbos, elle dirigea
un groupe de jeunes filles où s'épanouissaient
des relations égalitaires et librement consenties.
Sapho
naquit à Mytilène, dans l'île de Lesbos,
au sein d'une famille aristocratique. Elle passa une grande
partie de sa vie dans l'île; elle y épousa
un certain Kerkylas, dont elle eut une fille du nom de Kleis.
Surtout, elle dirigea l'un de ces groupes de jeunes femmes
que les Grecs appelaient thiases, dont l'existence est également
attestée dans d'autres contrées de la Grèce,
en particulier à Sparte, et dont la nature et les
fonctions ont été très discutées
par les hellénistes.
Définis
autrefois comme des collèges pour jeunes filles de
bonne famille, les thiases rassemblaient pour une période
de vie communautaire des adolescentes qui, avant leur mariage,
y apprenaient la musique, le chant et la danse, c'est-à-dire
les arts qui les transformaient en femmes accomplies et
cultivées. Mais Sapho n'était pas seulement
la maîtresse de l'intelligence. Elle développait
aussi chez ses élèves la beauté, la
séduction et le charme, qui feraient d'elles des
femmes désirables.
Présenter
le thiase comme comme un collège pour jeunes filles
rangées n'est donc pas faux. Mais c'est insuffisant.
Car, grâce aux poèmes de Sapho, on sait que
s'y établissaient des liaisons amoureuses entre la
maîtresse et ses élèves (ou quelques-unes
d'entre elles). D'autres témoignages confirment qu'une
cérémonie pouvait parfois y unir deux femmes
par un lien de couple exclusif, de type matrimonial (sans
signification juridique).
Pour
expliquer la nature de ces amours, on a rapproché
les thiases des groupes initiatiques dans lesquels les garçons
grecs vivaient l'expérience du passage de l'âge
impubère à l'âge adulte, et où
leur éducation était accomplie, loin de leur
famille, dans le cadre d'une relation pédagogique
avec un homme qui entretenait aussi avec l'adolescent des
rapports sexuels. Mais, alors que, pour les garçons,
la relation s'établissait nécessairement avec
un adulte et que l'acte sexuel en lui-même avait une
fonction pédagogique, dans les thiases, ces amours,
qui unissaient parfois une jeune fille à la maîtresse,
pouvaient aussi bien survenir entre deux adloescentes, comme
en témoigne un célèbre parthénée
(chant nuptial) commandé au VIIème siècle
au poète Alcman pour célébrer le mariage
initiatique de deux jeunes filles du thiase de Sparte. Elles
contribuaient ainsi à leur éducation sentimentale.
Comme
le montre la lecture des poèmes de Sapho, ces liaisons
étaient vécues en premier lieu comme des expériences
d'amour, librement consenties. Pour s'en convaincre, il
suffira de lire ces vers de Sapho : "Eros a secoué
mon âme comme le vent, qui vient / De la montagne,
tombe sur les chênes."
Eva
Cantarella (Professeur de droit romain et de droit grec
ancien - Université de Milan).

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