Parcours
Il
a entrepris de théoriser les conditions historiques
de production du savoir, du pouvoir et de la subjectivité;
son œuvre se situe à l'intersection de la philosophie
et de l'histoire, et sa méthode, centrée sur
l'analyse des «discours» dans leur fonctionnement
spécifique, s'inspire à la fois de l'épistémologie
historique des sciences et de la théorie de la littérature.
L'influence
exercée, en France et dans le monde, dès qu'elle
a commencé à être connue dans les années
1960, par la pensée de Michel Foucault, et qui paraît
aujourd'hui de plus en plus importante, s'explique en partie
par le caractère déroutant de celle-ci: extrêmement
difficile à situer, transversale par rapport à
tous les repères institutionnels et doctrinaux, sa
démarche originale a ouvert de nouveaux champs d'interrogation,
«problématisant», suivant le terme adopté
par Foucault dans ses derniers écrits, les formes
de la connaissance et du comportement humain, allant jusqu'à
remettre en question l'idée même de l'«homme»,
en tant que celui-ci en constituerait le sujet universel.
Paradoxale,
cette œuvre l'est d'abord en ce qui concerne son statut,
du point de vue des clivages disciplinaires: intermédiaire
entre la philosophie et l'histoire, sa méthode, fondée
sur l'étude des «discours» et de leur discursivité
spécifique, considérée indépendamment
de la relation qu'elle pourrait entretenir vis-à-vis
d'un sujet ou d'un objet constituant, correspond en fait
à l'émergence d'une discipline nouvelle et
inclassable. Elle est déviante encore du point de
vue de ses références: en s'éloignant
de plus en plus de la phénoménologie et du
marxisme, elle a associé de manière imprévisible
les enseignements d'une épistémologie historique
des sciences (dans la suite des travaux de G. Canguilhem)
et de la théorie de la littérature. Enfin,
l'objet de son investigation, qui s'est porté d'abord
vers les savoirs, pour considérer ensuite les pouvoirs,
et se tourner finalement vers la subjectivité, semble
lui aussi inassignable. Pour tenter d'y voir clair, le mieux
est de suivre le processus de cette démarche, en
en caractérisant les étapes, marquées
par la publication des ouvrages les plus importants par
lesquels la pensée de Michel Foucault a fait reconnaître
son caractère novateur.
Les
premiers travaux de Foucault ont été consacrés
à l'histoire de la médecine, considérée
dans ses aspects à la fois théoriques et pratiques.
Selon l'idée qu'on s'en forme spontanément,
la médecine entreprend de connaître et de maîtriser
des phénomènes pathologiques dont la réalité
objective préexiste à ses interventions. Mais,
en replaçant ces interventions dans une perspective
historique, Foucault a montré que cette relation
s'effectue en réalité en sens inverse: si
le savoir médical ne crée pas à proprement
parler la folie, c'est lui qui produit les formes de sa
reconnaissance, en l'insérant dans un système
de partage, une grille, qui suscite circonstanciellement,
et de manière toujours distincte, la représentation
de l'anormalité. C'est ainsi que l'opposition entre
raison et déraison dominante à l'âge
classique, est un effet non de la nature mais de l'histoire.
Et lorsque cette opposition a cessé d'être
considérée comme radicale, au moment où
s'est élaboré, au début du XIXe siècle,
le concept de «maladie mentale», on ne doit pas
considérer cette mutation dans le sens d'une progression
vers la vérité de la folie, telle qu'elle
serait en soi, mais il faut l'envisager comme le résultat
de la transformation des procédures qui permettent
d'identifier le rapport de l'anormal au normal, dans le
contexte nouveau de la «clinique».
Par
le biais de cette étude historique, pour la première
fois, la maladie s'est présentée comme un
phénomène social, apparaissant dans les conditions
fixées par des dispositifs structurant à la
fois, pour un type de société donné,
des discours et des institutions. Et du même coup,
dans le miroir de la folie, Foucault est parvenu à
distinguer les formes de sociétés qui y projetaient
leurs images. L'ordre de la société classique,
qui a prévalu au XVIIe et au XVIIIe siècle,
supposait que «l'autre» y fût rejeté
comme un étranger: ce qui présumait un ensemble
de techniques d'exclusion, symbolisées dans l'appareil
de l'hôpital général, qui inscrivaient
dans son organisation, et jusque dans sa construction matérielle,
sous la forme d'un geste de séparation, son rapport
à un extérieur. La société moderne
qui a pris sa place, par l'effet d'une mutation brutale
effectuée en quelques années à la fin
du XVIIIe siècle, a instauré au contraire
un nouveau type de rapport à l'altérité,
présentée alors comme une déviation
qui a eu pour conséquence de l'inclure, en la «soignant»,
au lieu de la condamner.
Entre
ces deux modèles, l'un répressif et fonctionnant
au rejet, l'autre hygiéniste et fonctionnant à
l'inclusion, il y a un abîme, que Foucault s'est contenté
de reconnaître, sans chercher à expliquer comment
a pu s'opérer le passage de l'un à l'autre:
ainsi, dans ses premiers ouvrages, il apparaissait que l'histoire
est essentiellement significative par les effets de rupture
qu'elle produit, ceux-ci défaisant, une fois qu'ils
sont connus, l'illusion d'un sens commun, d'une orientation
univoque qui traverserait et conduirait toute l'histoire
humaine.
Toutefois,
dans l'Histoire de la folie à l'âge classique,
Foucault avait maintenu l'idée d'une «expérience»
originaire de la folie, restituant à celle-ci, par
son caractère tragique, une valeur autonome: la vie
exemplaire des grands fous – Hölderlin, Nietzsche,
Artaud – apparaissait de ce point de vue comme l'indice
d'une faculté individuelle d'exister, non contre
les normes imposées par la société
ou en défaut par rapport à elles, mais d'une
manière qui en fût complètement indépendante.
Ainsi était posé d'emblée, dans l'œuvre
de Foucault, le problème du rapport de l'individu
à la limite, ou à la «marge», développée
plus tard dans le cadre d'une étude de la subjectivité.
Mais, telle qu'elle était formulée pour commencer,
cette suggestion pouvait sembler, en rapport avec le concept
d'expérience qui la supportait, s'ouvrir sur une
perspective naturaliste, opposant une nature essentielle
de la folie aux déformations imposées à
celle-ci par la culture, perspective que Foucault devait
complètement abandonner par la suite.
De
l'histoire de la médecine, considérée
dans son conditionnement social, Foucault est passé
à une «archéologie» des sciences
humaines, qui l'a amené à développer
une double réflexion: sur l'homme, en tant qu'il
a été constitué à un moment
donné comme objet de savoir, et sur le savoir lui-même,
en tant qu'il est sans cesse amené, dans des conditions
historiques déterminées, à se donner
de nouveaux objets, indépendamment d'une référence
unilatérale et rigide à des normes éternelles
de vérité.
Dans
la logique de la réflexion développée
dans l'Histoire de la folie, Foucault montre dans les Mots
et les Choses que «l'homme» n'est pas une réalité
indépendante, qui aurait été finalement
découverte à l'ordre de la connaissance; mais
il est le produit d'une invention relativement récente,
puisque celle-ci s'est effectuée au tournant des
XVIIIe et XIXe siècles, en rapport avec une transformation
radicale des critères constituant l'ensemble du système
des sciences. Si le savoir de l'âge classique a ignoré
l'homme ou du moins n'a pas disposé autour de lui
la ligne de sa spéculation, c'est qu'il n'y avait
pas place dans son ordre spécifiquement représentatif,
déployé sur une surface sans épaisseur,
pour un tel type de réalité ou d'objet, dont
la profondeur concrète excédait les limites
qu'il s'était fixées.
C'est
ainsi que l'idée d'homme comme réalité
autonome, qui ne correspond plus à une simple «représentation»,
n'a pu apparaître que quand les conditions générales
du savoir ont été modifiées, substituant
à l'horizontalité en tableau d'une spéculation
abstraite la profondeur d'une connaissance enracinée
dans une dimension verticale, selon une détermination
à la fois empirique et transcendantale: de ce moment,
les termes définissant l'activité humaine
– vivre, parler, travailler – ont complètement changé
de sens. Il n'est pas interdit alors de penser, selon Foucault,
que étant ainsi apparue, la figure de l'homme puisse
un jour disparaître, «comme à la limite
de la mer un visage de sable».
Cette
mise à mort de l'homme comme réalité
immémoriale est inséparable dans le travail
de Foucault d'une déstabilisation du savoir: soumis
à des «a priori historiques», celui-ci
doit renoncer au statut d'une connaissance objective, dont
la valeur pourrait être établie en soi en rapport
avec des critères permanents. Mais un savoir n'a
de sens, c'est-à-dire de chance d'être reconnu
comme tel, que s'il s'inscrit dans la structure préalable
d'un dispositif de connaissance, structure que Foucault
a désignée en forgeant le concept d'épistémé.
Entre l'épistémé qui soutient tout
l'ordre du savoir à l'époque classique et
celle qui se fait jour à l'époque moderne,
en créant un espace où puisse se loger la
figure de l'homme, il y a une complète rupture, Foucault
refusant par principe, pour ne pas rétablir entre
elles une illusoire continuité, de réfléchir
les conditions du passage de l'une à l'autre.
Ctte
conception du savoir comme épistémé
renouvelle complètement les démarches de l'histoire
des sciences: celle-ci n'a plus affaire à des idées
ou à des théories, dont l'opposition apparente
masque la stabilité essentielle des grands «socles»
du savoir, qui délimitent pour une période
donnée son champ d'investigation. Du même coup
sont aussi modifiées les procédures de recherches
propres à une «archéologie» de ce
savoir, dont l'objet est de mettre au jour un tel conditionnement:
en se donnant un corpus homogène de discours, entre
lesquels il cherche à déceler la structure
stable d'une épistémé générale,
Foucault considère la production des connaissances
comme un processus complètement anonyme, se déroulant
pour lui-même en dehors de l'intervention consciente
de ceux qui se donnent pour ses «auteurs». Cette
conception a été particulièrement développée
par Foucault dans l'Ordre du discours (1970), qui reprend
le contenu de sa leçon inaugurale au Collège
de France.
En
s'intéressant aux problèmes de la pénalité,
Foucault a paru transporter ses recherches sur un tout nouveau
terrain: celui du «pouvoir», qui contrôle
les corps et les esprits des individus, de manière
à les faire entrer dans un cadre commun. La question
est alors de comprendre comment opère ce pouvoir,
d'où il tire sa légitimité et son autorité.
Foucault répond, dans la ligne de ses travaux antérieurs:
non pas en vertu d'un droit immémorial, dont les
principes vaudraient a priori, mais en instituant des dispositifs
qui font reconnaître et fonctionner cette légitimité
et cette autorité en rapport avec une véritable
«technologie» du pouvoir. Par ce biais, Foucault
a retrouvé la question du savoir, en tant que celui-ci
est directement articulé au pouvoir, dans des conditions
telles qu'il n'en constitue ni le fondement ni l'instrument.
De ce point de vue, une forme sociale s'explique à
partir du système de pouvoir-savoir qui dispose des
existences individuelles en fonction de ses propres normes.
En
étudiant l'histoire de la pénalité,
Foucault retrouvait aussi l'opposition entre deux types
de société identifiant et sanctionnant la
faute selon des procédures à la limite inverses.
Dans l'une, celle de l'âge classique, domine une conception
juridique et négative de la norme, qui condamne les
comportements déviants en les rejetant et en mettant
spectaculairement en scène leur exclusion: la forme
exemplaire de la punition est alors celle du supplice. Dans
l'autre, qui correspond à la société
bourgeoise de l'époque moderne, la norme exerce au
contraire une fonction positive de régulation et
d'intégration, incluant les individus dans un ordre
continu et progressif: la prison, organisée sur le
modèle d'un «panoptique», où tous
les individus sont vus en quelque sorte de l'intérieur,
correspond à ce type de société «démocratique»,
où règne
non
plus l'opacité mais la transparence. Dans ce dernier
type de société, le pouvoir n'exerce plus
son hégémonie à partir d'un centre,
mais il la diffuse en la dispersant dans une multitude de
«micro-pouvoirs», dont le réseau différencié
mais anonyme contrôle toutes les existences individuelles:
il n'est plus, en particulier, le pouvoir que certains exercent
sur d'autres ou contre d'autres, mais l'ordre social lui-même,
organisé comme un régime disciplinaire.
C'est
l'apparition, dans des conditions historiques déterminées,
de cette conception proprement biologique de la norme sociale
qui a conduit Foucault à la conception d'un «bio-pouvoir».
Celui-ci agit sur les individus sans exercer sur eux une
contrainte extérieure: il produit de la normalité,
suivant des processus imitant les fonctions de la vie et
en même temps les transformant. Ainsi, peut-on dire,
les sociétés créent non seulement de
la connaissance et du droit, mais aussi de la vie, celle-ci
étant d'autant mieux soumise à leur contrôle
qu'elles n'existeraient pas sans lui. En entreprenant d'écrire
une histoire de la sexualité, Foucault a cherché
précisément à comprendre comment la
sexualité, au-delà d'une conception strictement
répressive de la loi, telle que la théorie
encore la psychanalyse, est d'emblée marquée,
comme fonction vitale, par un traitement social qui fait
d'elle, non pas une pure donnée de la nature, mais
le résultat d'une histoire.
A
partir de là, on comprend dans quel sens la réflexion
de Foucault a évolué, en se déplaçant
vers de nouveaux objets: l'Histoire de la folie avait étudié
les conditions dans lesquelles était produite de
l'anormalité; l'Histoire de la sexualité (dont
la Volonté de savoir était l'introduction)
se tourne vers une archéologie de la normalité,
de manière à dégager les techniques,
au double sens du savoir et du pouvoir, dont celle-ci dépend.
La maladie, le délit, la déviance sont donc
les révélateurs d'une forme sociale conditionnant
aussi, voire d'abord, la santé, l'innocence et la
rectitude des «bons» comportements. C'est cette
démarche qui permet finalement de surmonter l'opposition
de la nature et de l'histoire, en montrant que l'histoire,
vérité et condition de la nature, est elle-même
un processus naturel, relevant d'une rationalité
de fait et non de droit, processus qui engendre au fur et
à mesure qu'il les applique ses critères de
légitimité.
(yahoo
encyclopédie)
Homosexualité
Rien
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