Parcours
Appartenant
à une famille aisée de la Flandre, elle partage
ses années d'enfance entre les propriétés
familiales du nord et du midi de la France. Après
avoir beaucoup voyagé en Europe (Italie, Suisse,
Grèce), et étudié la littérature
latine et grecque, elle fait dès 1939 de longs séjours
aux États-Unis, où elle se fixe dans le Maine
en 1958.
Son
premier recueil, le Jardin des chimères paraît
en 1921. Alexis ou le Traité du vain combat (1929)
est un roman écrit, comme le reste de son œuvre,
dans un style très pur, totalement classique. À
ce «portrait d'une voix», chargé de résonances
gidiennes, d'un jeune musicien en lutte contre son homosexualité,
succèdent deux autres portraits de voix profondément
troublées, la voix de Stanislas, narrateur de la
Nouvelle Eurydice (1931, roman), et celle du «je»
qui parle dans Feux (1936, poèmes en prose). En 1938,
elle publie les Nouvelles orientales et l'essai intitulé
les Songes et les Sorts. Dans le Coup de grâce (1939,
roman), elle revient au discours d'un héros (Éric
en l'occurrence) qui, au fur et à mesure qu'il s'exprime,
laisse entrevoir l'être qu'il est et la faute qui
l'enferme dans un destin de réprouvé.
Les
Mémoires d'Hadrien (1951), pour beaucoup le chef-d'œuvre
de Marguerite Yourcenar, invitent le lecteur à l'écoute
d'une voix tout autre, presque sans faiblesse: la voix d'un
homme (l'empereur romain du IIe siècle après
J.-C.) qui, ayant surmonté ses conflits intérieurs,
s'accepte et donne, par-delà son pragmatisme et son
scepticisme, une haute leçon d'humanisme païen.
Par la suite, elle traça la vie imaginaire de l'alchimiste
Zénon (l'Œuvre au noir, 1968) et publia des récits
autobiographiques (Souvenirs pieux, 1974; Archives du Nord,
1977).
Marguerite
Yourcenar a plusieurs fois sacrifié sans grand succès
au théâtre, notamment avec Électre ou
la Chute des masques (1954), sans doute sa meilleure pièce.
En revanche, d'admirables traductions de Virginia Woolf
(les Vagues), d'Henry James (Ce que savait Maisie), de negros
spirituals (Fleuve profond, sombre rivière, 1964)
et de poètes grecs (la Couronne et la Lyre, 1979)
complètent son œuvre. Élue à l'Académie
française en 1980, elle fut la première académicienne.
(yahoo
encyclopédie)
Homosexualité
(ici lesbianisme)
Ses
innombrables voyages sont plus célèbres que
sa vie lesbienne qui fut cachée, même si elle
a vécu 42 ans avec l’Américaine Grace Frick.
Qui prend femme prend pays ! Sa rencontre avec Grace en
1937 l’a fait immigrer aux États-Unis qu’elle habitera
jusqu’à la fin de sa vie en 1987. Érudite,
Grace sera d’ailleurs traductrice de ses oeuvres en anglais.
On
peut aujourd’hui visiter Petite Plaisance, leur maison et
leur jardin japonais, à l’Île des Monts-Déserts
(Mount Desert Island) au Maine. Dans la salle de travail
commune bondée de livres, leurs bureaux sont disposés
face à face comme si le dialogue de leurs yeux amoureux
existait toujours. Mais, la visite ne permet pas l’indiscrétion
des regards. Leur chambre à coucher n’est pas ouverte
au public !
Voici
une interview de Mme Yourcenar sur l'homosexualité
dans ses livres :
M.G.
: - Il n y a guère d'exemples d'homosexualité
féminine dans vos œuvres.
M.Y.
:- Il y a Marguerite d'Autriche dans L'œuvre au noir, parce
que Brantôme indique le fait. Mais en effet il n'y
en a pas dans Hadrien. A supposer que Plotine ait eu ces
tendances, ou d'autres, nous n'en voyons rien, et Hadrien
nous la décrit " chaste, par dédain du facile
". Si je procède à une revue du passé,
en particulier à travers les poètes grecs,
puisque je viens de m'occuper d'eux dans un recueil de textes,
on ne rencontre là que Sappho ; c'est un exemple
unique, un " hapax " comme on dit quand on est pédant
en matière de grammaire, et cela ne permet pas de
voir ce qui se passait dans la vie de tous les jours. J'imagine
que l'homosexualité féminine a toujours été
trop invisible, trop liée aux rapports de la maîtresse
de maison et des servantes, des amies et parentes vivant
dans le gynécée, ou encore, on le voit bien
chez Lucien, parmi les petites courtisanes, comme dans la
délicieuse nouvelle Amants, heureux amants, de Valery
Larbaud.
Dans
les temps antiques, et même au Moyen Age, bien entendu,
c'est la consigne du silence; Brantôme mentionne une
amitié féminine de Marguerite d'Autriche seulement
parce qu'elle était princesse et seulement après
la mort de son jeune mari, passionnément aimé.
Elle aussi se définirait comme bisexuelle.
M.G.-
L'homosexualité féminine s'est beaucoup vue
à la fin du siècle dernier, et au début
de celui-ci.
M.Y.
:- Je crois que là il y a eu - et il faut remonter
un peu plus haut, dès le XVIIIe siècle - un
goût voluptueux de l'homme pour la femme qui aime
la femme, si bien que beaucoup de femmes profitaient de
cette mode, ou se mettaient à la mode. Je n'irais
pas jusqu'à dire que c'était la principale
raison, mais il y a eu cette espèce de mousse, de
mode mondaine, vers la Belle Epoque. Dès le XVIIIe
siècle, on voit très bien que Casanova est
ravi, quand ses petites amies se rejoignent dans un lit
; le duc de Morny aussi, un siècle plus tard. Pensez
aux peintures de Courbet; cela répondait à
ce même goût. Même Ingres, avec Le Bain
turc, c'était une espèce d'émoustillement
devant une forme de sensualité sentie comme audacieuse
et qui, évidemment, permettait au peintre de doubler,
quand ce n'est pas de multiplier, dans ses attitudes d'abandon,
l'objet féminin qu'il avait sous les yeux et qui
provoquait son désir. Les Grecs n'ont guère
connu cela. Peut-être ne s'intéressaient-ils
pas assez à ce qui se passait dans le gynécée
pour se demander ce qu'y faisaient leurs femmes, pendant
leur absence.
M.
G. - A votre avis, dans le monde moderne, c'est donc un
faux problème?
M.Y.
: - Immensément faux. Il devrait se résoudre
un jour bientôt peut-être - par plus de liberté
si les choses allaient bien, mais voyez la régression
en toute matière dans certains pays islamiques, le
Pakistan ou l'Iran, qui ont aussi rétabli le Code
pénal du Moyen Age, et même plus dur qu'au
Moyen Age, en Iran. En matière de mœurs, on peut
toujours s'attendre à ce que la déraison renaisse
sur tous les points.
M.G.-Alors
quelle attitude adopter ?
M.Y
: -Lutter contre elle.
(perso.wanadoo.fr/saphisme/XXe/Yourcenar.html
)

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