Carrière
Marcel
Proust est né à Paris le 10 juillet 1871 dans
le seizième arrondissement. Son père, Adrien
Proust, est professeur agrégé de médecine,
et sa mère, Jeanne Weil, est la fille d'un riche
agent de change. Marcel Proust est un enfant chétif,
sensible et il souffre des bronches. Il adore sa mère
et dès son jeune âge se montre très
sociable. Un jour, vers l'âge de dix ans, il est pris
d'une très grave crise d'asthme; une crise si violente
que son père crut qu'il allait mourir. En 1881, il
entre au lycée Condorcet, où malgré
sa santé fragile, il obtient de brillants résultats.
Il obtient son bac en 1989 et effectue son service militaire
à Orléans.
Il
poursuit ensuite ses études à la faculté
de droit et à l'Ecole libre des Sciences Politiques.
Il commence à fréquenter les salons littéraires
et collabore à la petite revue Le Banquet. Les textes
qu'il donne à cette revue seront regroupés
en 1896 sous le titre les Plaisirs et les Jours.
En
1894, il passe ses vacances à Trouville et à
Cabourg, région que l'on retrouvera dans la Recherche
du Temps Perdu. En 1895, il se passionne pour l'affaire
Dreyfus. C'est cette année-là qu'il commence
son roman Jean Santeuil, roman sur lequel il travaillera
jusqu'en 1899 mais qu'il ne terminera jamais. Il paraîtra
inachevé en 1952. En 1900, il fait avec sa mère
un voyage à Venise. Son père meurt en 1903
et sa mère en 1905. Le deuil de sa mère l'affectera
pendant plusieurs années. En 1906, Marcel Proust
s'installe Boulevard Haussmann, dans un appartement tapissé
de liège et hermétiquement clos. Il échappe
ainsi du même coup aux tentations d'un monde futile
trop aimé et aux graminées tant redoutées.
En
1909, Proust se consacre exclusivement à son œuvre.
Il conçoit cet immense projet de faire revivre les
jours enfuis dans un ouvrage intitulé A la recherche
du temps perdu. Il commence à rédiger la première
partie, Du Côté de chez Swann. Il travaille
la nuit, se repose le jour et reste enfermé chez
lui. Quelques extraits paraissent dans le Figaro, mais ce
premier volume (environ sept cents pages), prêt à
être publié en 1912, ne trouve pas d'éditeur.
Il sera notamment refusé chez Gallimard par André
Gide qui se reprochera longtemps ce refus. Finalement Marcel
Proust fait paraître Du Côté de chez
Swann, à compte d'auteur, chez Bernard Grasset en
1913. Il annonce aussi pour l'année suivante la suite
: Du Côté des Guermantes et le Temps Retrouvé.
En
mai 1914, Marcel Proust vit un drame personnel en la mort
accidentelle d'Alfred Agostinelli qui était son ami
depuis 1907. Proust l'engage d'abord comme chauffeur et
il devient en 1912 son secrétaire. Puis c'est la
guerre qui empêche Proust de publier la suite de son
premier volume comme il l'avait annoncé. En raison
de son éat de santé, marcel Proust ne sera
pas mobilisé. Il faut attendre 1919, pour que paraisse
à la NRF, A l'ombre des Jeunes filles en fleurs,
qui obtient cette année-là le prix Goncourt.
Les 2 années suivantes il publie successivement les
tomes 1 et 2 du Coté des Guermantes ainsi que la
première partie de Sodome et Gomorrhe. En avril 1922
paraissent la deuxième partie de Sodome et Gomorrhe.
Epuisé, Marcel Proust meurt d'une pneumonie le 18
novembre 1922.
Avant
de s'éteindre, il a demandé à Jacques
Rivière et à son frère Robert de publier
le reste de son œuvre. La Prisonnière paraît
en 1923, Albertine disparue en 1925 et le Temps retrouvé
en 1927.
Homosexualité
article
de tétu
Un
brouillard enveloppe la vie personnelle de Marcel Proust.
Issu de la grande bourgeoisie parisienne, recherchant avec
avidité la fréquentation des élites,
par convenance ou par diplomatie, le «petit Marcel»
a pris soin de cacher ses préférences sexuelles,
qui, du reste,n’étaient un secret pour personne.
Son amitié passionnée pour Reynaldo Hahn ou
pour les frères Bibesco ou Bertrand de Fénelon,
hétéros affichés, témoigne d’une
nature jalouse et racinienne, sans doute aussi de tendances
masochistes. On sait qu’il a très largement transposé
son amour difficile pour son chauffeur Alfred Agostinelli
dans le personnage d’Albertine. Évoquant celle-ci
dans son sommeil, l’écrivain parle à un moment
de «son cou puissant»…
Mais
l’anecdote autobiographique nous importe moins que le discours
sur l’homosexualité qui traverse en force À
la recherche du temps perdu. Discours novateur et courageux.
Gide, avec Corydon, tendait à justifier l’inversion
par un retour à l’hédonisme antique. Plus
tard, Genet exaltera la figure mythique de l’archange voyou.
Proust, tout en dénonçant le tragique de la
condition sociale de l’homosexuel, contraint au masque,
ramènecelui-ci de son ghetto au cœur de la condition
humaine, bien au-delà de ce que, non sans humour,
il nomme «les impérieuses localisations du plaisir».
Un volume entier de la Recherche, Sodome et Gomorrhe, est
consacré à développer les multiples
figures de l’ambiguïté sexuelle. Le brillant
et viril marquis de Saint-Loup, époux de Gilberte
Swann, perd sa croix de guerre en sortant du bordel pour
hommes de Jupien, qui recrute pendant la Grande Guerre parmi
les permissionnaires et les garçons bouchers. Ce
qui n’empêche pas Saint-Loup de mourir héroïquement
sur le front, quelques semaines plus tard. Le baron de Charlus
à qui son titre permet, au besoin, le scandale est
un guide intellectuel de génie pour le narrateur.
Surtout, sa passion pour le violoniste Morel ne diffère
en rien de celle de Swann pour Odette. Ici et là,l’objet
de l’amour n’est-il pas «un être de fuite»
? Ce qu’évoque Proust à travers ses personnages
homosexuels, c’est surtout la difficulté d’être,
et d’être soi. C’est aussi, à travers les caprices
de la nature, dire les limites de la raison, et célébrer
la poésie du monde dans le mystère des corps,
avec son irrégulière et imprévisible
beauté. (...)
Homosexualité
(2)
Que
Proust ait fréquenté les bordels réservés aux hommes
entre eux n'est pas une surprise. Qu'Albert Le Cuziat,
ancien valet de chambre du prince Radziwill et le comtesse
Greffulhe, ait été l'un de ses "indics" pour
l'évocation des moeurs salaistes (ainsi qu'il disait à
l'exclusion de "pédérastes") pour l'élaboration
de la Recherche ne l'est pas davantage. Tout proustien sait
ce que Jupien doit à Le Cuziat, tenancier de deux maisons
spécialisées fréquentées par moultes députés,
ministres et officiers, l'un un établissement de bains rue
Godot-de-Moroy, l'autre dit l'hôtel Marigny, garni situé
au 11 rue de l'Arcade. C'est surtout dans ce dernier que le
romancier viendra se dissimuler, derrière une petite
fenêtre prévue à cet effet, pour observer les rituels
sado-masochistes qu'il prêtera notamment à Charlus. Mais
ce qu'on ne savait pas, c'est ce que la police en savait.
Grâce à Laure Murat, désormais, on sait.
Biographe inspirée de l'aliéniste des artistes le fameux
docteur Blanche et du couple Sylvia Beach/ Adrienne Monnier,
elle publie dans le dernier numéro de La Revue littéraire
(No14, mai 2005) une contribution édifiante intitulée
"Proust, Marcel, 46 ans, rentier". Un texte qui
fleure bon l'archive inédite, et pour cause. Il s'agit d'un
document de la Brigade des moeurs chargée de la
surveillance des maisons closes, échappé du dossier
"Le Cuziat, Albert" truffé de lettres anonymes,
et conservé aux archives de la préfecture de police où
nul ne l'avait encore déniché.
Dans son rapport en date 19 janvier 1918, le commissaire
Tanguy écrit au lendemain de sa descente rue de l'Arcade :
" Cet hôtel m'avait été signalé comme lieu de
rendez-vous de pédérastes majeurs et mineurs. Le patron de
l'hôtel, homo-seuxuel (sic) lui-même, facilitait la
réunion d'adeptes de la débauche anti-physique. Des
surveillances que j'avait fait exercer avaient confirmé les
renseignements que j'avais ainsi recueillis. A mon arrivée,
j'ai trouvé le sieur Le Cuziat dans un salon du
rez-de-chaussée, buvant du champagne avec trois individus
aux allures de pédérastes".
Et parmi eux, sur la liste, entre un soldat en convalescence
et un caporal en attente d'être réformé: "Proust,
Marcel, 45 ans, rentier, 102, bd Haussmann".
On s'en doute, en découvrant le compte-rendu de cette rafle
qui se solda par la fermeture de l'établissement (levée
peu après par l'un des puissants qui fréquentaient la
Maison), Laure Murat ne s'étonne pas d'y trouver ce cher
Marcel. "L'émotion viendrait plutôt d'une
incongruité rhétorique qui soudain fait se rencontrer et
se superposer, dans la poussière des archives, la
sécheresse mécanique du discours policier avec les pages
inoubliables sur la race des tantes..." écrit-elle.
D'un côté, un écrivain qui aura déployé une
intelligence et une sensibilité sans équivalent dans la
littérature du siècle pour évoquer le désir
d'invisibilité d'invertis terrorisés à l'îdée d'être
confondus en société, de l'autre un flic qui identifie
aussitôt un homme comme "pédéraste" à son
allure.
Pour l'anecdote, il est piquant de relever que Léo Scheer,
éditeur de La Revue littéraire, ont aujourd'hui leur
siège rue de l'Arcade à quelques numéro de là ...
A signaler également dans ce même numéro de la Revue
Littéraire un texte étrange et envoûtant d'un certain
Sacha Ramos . Jusqu'à ce jour, j'ignorais tout de cet
auteur. Vérification faite en fin de recueil, ce parisien
d'origine espagnole vivant à Rome, est un danseur et
chorégraphe de 36 ans. Il est déjà l'auteur de Larme à
gauche paru il y a dix ans à L'Age d'homme, mais qui
m'avait échappé. En tout cas, cette vingtaine de pages
publiée en ouverture de la revue sous le titre "Le
dernier homme (oeuvres complètes) " a un son qui la
distingue de tous les autres et mérite qu'on s'y arrête en
guettant ce qui sortira ensuite de cette plume.
(le monde, blog de Pierre Assouline)

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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
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