Parcours
Photographe,
journaliste et scénariste, il est, avant tout, l'auteur
d'une œuvre qu'il qualifiait lui-même de «barbare
et délicate».
Hervé
Guibert est né le 14 décembre 1955 à
Saint Cloud. Il grandit dans le XIVème, près
du parc Montsouris, entre un père autoritaire et
une mère possessive. Il a également une sœur
aînée, Dominique, qui quittera rapidement le
nid familial. Le petit Hervé va souvent voir ses
grands mères et ses grands-tantes (Louise et Suzanne)
; on peut donc dire qu’il grandit dans un environnement
essentiellement féminin.
En
1970, la famille Guibert déménage à
la Rochelle. Sous la pression de son père, Hervé
suit une filière scientifique, mais il se passionne
pour le cinéma, l’écriture et la photographie.
En première, il entre enfin dans une section littéraire
et il découvre le monde du théâtre,
en intégrant la troupe du théâtre municipal
de la Rochelle.
Le
bac en poche, il monte à Paris ; il a 17 ans. Il
échoue aux concours d’entrée de l’Idhec (aujourd’hui
la Femis) et de l’école de la rue Blanche. Après
avoir écrit des critiques de cinéma pour diverses
revues, il travaille au magazine " 20 ans " au courrier
du cœur ! Il entre ensuite à " Elle " puis au " Monde
". Il se lie d’amitié avec Zouc et Isabelle Adjani
à laquelle il voue une admiration sans bornes. En
1975 il rencontre Patrice Chéreau et lui propose
de coécrire un scénario. Chéreau accepte
et huit ans plus tard " l’Homme blessé " remporte
le César du meilleur scénario. Mais pour le
moment Guibert a écrit une pièce de théâtre
qu’il lit au festival d’Avignon dans " le Gueuloir " et
qui remporte un certain succès.
En
1977 les éditions Régine Desforges publient
son premier roman " La Mort Propagande ". Grâce à
cette publication, il fait la connaissance de deux grands
philosophes : Roland Barthes et Michel Foucault. En 1978
il devient responsable de la chronique photo du Monde et
publie son second roman, " Les Aventures Singulières
", aux éditions de Minuit. Il découvre l’île
d’Elbe avec son ami Hans Georg Berger et c’est le coup de
foudre. Il y effectuera de nombreux séjours. En 1983
le film " L’Homme blessé " sort enfin, Hervé
et Patrice Chéreau obtiennent donc le César
du meilleur scénario.
La
même année il apprend que son ami/amant Thierry
est malade. Il pense à cette nouvelle maladie dont
on parle beaucoup aux Etats Unis, qui touchent essentiellement
les homosexuels et qu’on appelle " le cancer gay ". Il craint
pour sa propre santé, d’autant plus que Foucault
tombe lui aussi malade. L’année suivante le célèbre
philosophe meurt et Guibert furieux, se rend compte que
les journaux mentent sur la véritable cause de ce
décès, comme si cette maladie était
honteuse. Durant cette période sombre, il apprend
des secrets de famille ; le mariage forcé de ses
parents, sa sœur est en fait une demi-sœur… Il écrit
alors " Mes Parents " dans lequel il règle ses comptes
et qu’il dédicace " à personne " ! Il collabore
aussi à " l’Autre Journal ". Il devient ensuite pensionnaire
à la Villa Médicis de 1987 à 1989.
En 1988 il annonce à ses proches qu’il a le sida.
Thierry aussi. Il épouse Christine, l’amie de Thierry
pour que ses droits d’auteur reviennent à la famille.
En
février 1990, c’est la sortie d’"A l’ami qui ne m’a
pas sauvé la vie ", son premier grand succès
commercial. On le voit partout : chez Pivot, PPDA… Il y
parle du sida sans honte.
Ce
texte (...) fit scandale par ses révélations
sur la mort de son ami Michel Foucault. Surtout, l'auteur
y disséquait sans complaisance, et dans les moindres
détails, l'évolution d'une réalité
qui était son propre mal: le sida, qu'il prit pour
modèle de son «projet de dévoilement
de soi et de l'énoncé de l'indicible».
C'est ce souci obsessionnel de «tout dire» minutieusement,
en se prenant lui-même comme objet d'étude,
qui fait la particularité de son oeuvre, une démarche
antérieure à sa maladie, mais que celle-ci
lui permit de pousser très loin.
En
effet Hervé Guibert n'a jamais épargné
ses lecteurs. Chacun de ses romans, récits, nouvelles
et chroniques intimes, d'un érotisme violent, est
porté par le souci de serrer au plus près
de vérité des sentiments et des faits. Une
vérité directement issue, en général,
des pages de son journal intime, tel le réquisitoire
impitoyable de Mes Parents (1986), ou tel Fou de Vincent
(1989); ou encore saisie de l'expérience immédiate,
comme lorsqu'un choc opératoire lui inspira son premier
récit, la Mort propagande (1977), ou qu'il écrivit
son roman Des aveugles (1985) après un passage à
l'Institut des jeunes aveugles, en tant que lecteur bénévole,
ou bien encore l'Incognito (1989), version romancée
de son séjour romain à la villa Médicis.
Coscénariste,
avec Patrice Chéreau, de l'Homme blessé (1983),
photographe, critique et théoricien de cet art –
l'Image fantôme, en 1981, et le Seul Visage, en 1984
– Hervé Guibert n'a cessé de transporter l'exercice
du regard photographique dans ses textes. La simplicité
de l'écriture, la limpidité du style sont
venus renforcer l'acuité de ses instantanés:
capture du moment, précision des images et des lumières,
mises en scène fantasmatiques détaillées
à outrance... Du roman-photo consacré à
ses deux grand-tantes, Suzanne et Louise (1980), au Protocole
compassionnel, deuxième phase du récit de
sa maladie (1991), Hervé Guibert s'inspirait de l'usage
de l'objectif comme pour mieux traquer ce que d'ordinaire
les gestes dérobent à la parole.
Narcissique,
mémorialiste de sa propre vie, Hervé Guibert
a placé la littérature au-dessus de lui-même:
«C'est quand j'écris que je suis le plus vivant»,
disait-il, ajoutant qu'il écrivait toujours sous
l'influence de son admiration pour un écrivain, Knut
Hamsun, dont la transparence l'éblouissait. Jean
Genet, Robert Musil, Georges Bataille, Pierre Guyotat, Roland
Barthes, Thomas Bernhard et son ami Eugène Savitzkaya
ont tour à tour infléchi, de livre en livre,
les variations de son écriture.
Crue
et cruelle pour lui-même autant que pour ses proches,
parents ou amis, l'œuvre de Guibert, jeune homme au visage
d'ange, est constamment traversée par la mort. Une
fascination qu'il disait avoir ressentie depuis le début
de son adolescence, et qu'il a cultivée «avec
fureur». Mais c'était une fureur bondissante,
sans pathos, une curiosité aiguë affranchie
de tout sentimentalisme, où parfois, cependant, la
tendresse est pudiquement présente. Cette prose violente,
ces noirs récits sont parsemés de gaieté,
d'une poésie légère, glissée
avec rapidité.
«Les
mots sont victorieux», écrivait-il. L'Homme
au chapeau rouge et Cytomégalovirus, les deux textes
parus en janvier 1992, quelques semaines après sa
mort, due au sida, le 27 décembre 1991, à
l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart,
où il avait été admis après
une tentative de suicide, témoignent encore de cette
vérité consolatrice.
Le
30 janvier 1992, TF1 diffuse le film de l’écrivain
plusieurs fois repoussé pour cause de censure : "
La Pudeur ou l ‘impudeur ". On y voit la lente déchéance
de Guibert, son désir de suicide, c’est le choc.
Certains y voit un étalage impudique, d’autres un
témoignage essentiel.
(sources
: en italique : Yahoo! encyclopédie / en caractère
normal : http://membres.tripod.fr/kty6/_Guibert.htm )
Le
retour, 10 ans après sa mort
Le
Mausolée des amants, journal 1976-1991 sortie nov.
2001 (Gallimard)
Un
récent matin, au premier étage du Café
de Flore. La femme assise en face de moi, et qui boit un
thé, s’appelle Christine Guibert. Elle se trouve
être la veuve d’Hervé Guibert, la veuve de
cet écrivain qui, se voyant mourir du sida, écrivait
durant les derniers mois de sa vie, dans son journal : "Je
n’aurais pas lu Proust, je n’aurais pas couché avec
une femme ; et après ?". Christine est cette femme
dont Guibert disait dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé
la vie qu’elle était celle qu’il admirait le plus
au monde. Elle est la mère de deux enfants dont le
père n’est évidemment pas Hervé Guibert,
mais celui qui fut leur grand amour partagé : Thierry.
Elle est donc la double veuve de ces hommes qui s’aimaient
et qui seront tous les deux morts du sida à six mois
d’intervalle, il y aura bientôt dix ans. Je pose un
magnétophone entre nous. Je l’interroge sur ce livre,
Le Mausolée des amants, qu’Hervé Guibert lui
a légué en l’état, fini, achevé,
avec le soin de le publier quand elle le désirerait
(ou pas). Un texte qui n’est pas un fond de tiroir, mais
plutôt la commode toute entière. Un livre construit,
découpé par Hervé Guibert lui-même
dans son journal intime, et qui raconte essentiellement
leur impudique histoire à tous les trois –ce que
Guibert appelle à un moment "leur trinité".
Quand ce n’est pas leur histoire à tous les cinq,
en comptant les deux enfants ; et quand ce n’est pas leur
histoire à tous les six ou sept, en comptant cette
fois les autres amants respectifs d’Hervé et de Thierry.
Un
livre qui, plus de vingt ans après les faits, se
lit encore et toujours comme un incroyable défi à
la morale bourgeoise, et même à la plus bohème
et moderne des morales bourgeoises, celle qu’on appelle
aujourd’hui, pour faire joli, la famille recomposée.
Ce défit, ce crachat aux conventions, cette bombe
à longue mèche, Christine Guibert en aura
été la gardienne dix ans durant, avant de
se décider à la faire exploser enfin. Avec
tout ce que le Mausolée des amants peut comporter
d’abominations pour elle –par exemple une seule petite ligne,
quasi météorologique, sur leur mariage, immédiatement
suivi d’un passage cul sur le père des enfants de
C.- en dépit de cela, Christine n’a pas hésité
à publier le journal. On se demande quand même
comment notre bonne société va accueillir
certains passages où Guibert évoque sans fard
la pédophilie de ses proches. Et cela va être
un enjeu de poids que de vérifier ce que la société,
dix ans après sa mort, est encore capable de supporter
du transgressif et trublion Hervé Guibert.
Arnaud
Viviant http://www1.lesinrocks.com/DetailCritique.cfm?iditem=120706&idheading1=6
Guibert,
son homosexualité, le Sida
A
l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie
"Le
SIDA n'est pas vraiment une maladie, ça simplifie
les choses de dire que c'en est une, c'est un état
de faiblesse et d'abandon qui ouvre la cage de la bête
qu'on avait en soi, à qui je suis contraint de donner
pleins pouvoirs pour qu'elle me dévore, à
qui je laisse faire sur mon corps vivant ce qu'elle s'apprêtait
à faire sur mon cadavre pour le désintégrer.
"
Depuis
l'âge de 22 ans, Hervé Guibert avait décidé
de tout dire. Au fil de ses récits autobiographiques,
il avait tenu le pari insensé de dévoiler
ce que, par habitude, par décence, par respect pour
soi-même et les autres, on tait. Ses aventures homosexuelles,
ses trahisons, ses lâchetés. L'univers morbide
des ses livres, sa fascination pour la dégradation,
trouvent leur apothéose dans " A l'ami qui ne m'a
pas sauvé la vie". Et Guibert est fort conscient
que cet ultime livre pourrait bien être, au sens le
plus cruel du terme, le dernier : " choisir entre l'AZT
et le suicide, un nouveau livre ou deux nouveaux livres
sous traitement et grâce au sursis qu'il m'accordait,
ou le suicide, également pour m'empêcher de
les écrire, ces livres atroces. "
L'homme
encore tout jeune, obsédé par l'idée
de maladie et d'impureté bien avant l'ère
du SIDA, qui cherchait de généraliste en généraliste
la preuve de sa maladie, et qui déclarait à
l'un d'eux, dont on imagine la stupéfaction: " Je
baiserai les mains de celui qui m'apprendra ma comdamnation
", fut finalement exaucé. Alors, sa vie a basculé.
Lui, les siens, ceux qu'il aime sont en danger. Guibert
note tout cela sur son journal : ses craintes, la déchéance
de ses proches contaminés avant lui, l'entrée
en maladie, dans l'univers des prises de sang, des résultats
biologiques qui font sombrer une vie. Le temps presse, et
l'écrivain ne peut plus se permettre de "correction
". Ni envers lui-même et son livre, ni envers ses
amis. A travers le voile transparent des noms de façade,
Guibert livre au lecteur l'agonie et la mort de Michel Foucault,
les rumeurs qui empoisonnèrent la vie d'Isabelle
Adjani. Ce que l'on devine des rapports sexuels de Foucault
à travers la scène où son amant, nettoyant
l'appartement après sa mort, retrouve dans un vieux
sac tout un attirail sado-masochiste ne diminue en rien
la simple humanité de ses derniers instants. Les
monstres sont ailleurs, chez cet ami américain par
exemple, directeur commercial d'une puissante firme pharmaceutique
américaine, qui, pendant un an, va faire miroiter
devant Guibert et son médecin la possibilité
de bénéficier d' un vaccin révolutionnaire.
Avant de voir en Bill le salaud immonde qui profite de sa
position pour réduire à sa merci des artistes
dont il jalouse la puissance, Guibert découvre en
lui un personnage en or massif. Comme il tire de l'univers
médical en quelques phrases des portraits hallucinants
: " L'infirmière qui devait procéder à
ma prise de sang me dévisagea avec un regard plein
de douceur qui voulait dire: tu mourras avant moi. Cette
pensée l'aidait à rester clémente,
et à enfoncerroit et sans gant l'aiguille dans la
veine, après avoir recompté le nombre de ses
tubes en les faisant rouler du bout des doigts dans la cuvette."
Les médecins n'échappent pas à ce regard
terrible, acéré.
Le
SIDA n'émeut que ceux qui ne l'ont pas, disait récemment
un séropositif interviewé à la télévision.
Gardons-nous donc de compatir ou d'applaudir. Guibert est
un nouveau Lazare. De l'autre côté du miroir,
les yeux fixés sur la courbe faiblissante de ses
lymphocytes T4 il nous envoie ce dernier message. A nous
de l'écouter, simplement.
Christian
Lehmann http://christianlehmann.free.fr/lectur20.htm

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