Parcours
Dans
une liste postérieure à son poème les
Phares, Baudelaire désigne précisément
parmi les écrivains six de ces lumières exceptionnelles
de l'humanité: Goethe, Shakespeare, l'Arioste, Dante,
Virgile... et Byron. Et c'est à propos de Byron que
Nietzsche utilise pour la première fois le terme
de Übermensch («surhomme»). Ces témoignages
exaltent les aspects divers du maître de Don Juan:
le poète, le penseur, le chevalier de la liberté.
Une
oeuvre flamboyante et féconde autant qu'un destin
hors du commun ont fait du poète britannique George
Gordon Byron le type même de l'écrivain et
du héros romantiques. Mais au-delà de sa légende,
son message est universel.
De
l'extravagance à l'engagement
George
Gordon Byron est né à Londres sous de tristes
auspices: son pied gauche, disloqué au cours d'un
accouchement pénible, restera déformé
sa vie durant, cause de souffrances physiques et morales
stoïquement endurées; par ailleurs, il vient
au monde dans un foyer brisé. Son père, le
capitaine John Byron, personnage douteux dont les ancêtres
s'illustrèrent dans les armes, a dilapidé
la fortune de son épouse,Écossaise de haut
lignage. Il mourra en France en 1791, et George Gordon passera
dans une quasi-misère une enfance taciturne, soumis
à l'humeur instable d'une mère meurtrie, brutale
et sotte, à Aberdeen, où il fréquente
la grammar school.
Un
héritage aristocratique
En
1798, son destin s'éclaire: d'un grand-oncle paternel,
il hérite le titre de lord, le domaine de Newstead
Abbey dans le Nottinghamshire et quelques minières.
La demeure est en ruine et les biens hypothéqués,
mais le roi accorde une petite pension à l'enfant,
qui fera ses études à Dulwich, puis à
la public school de Harrow, où règne une dure
discipline. Byron y acquiert les bases d'une culture prodigieuse
et noue de durables amitiés. Sa passion, méprisée,
pour sa cousine Mary Chaworth, en 1803, le marque à
jamais.
En
1805, il entre à l'université de Cambridge,
où sa pauvreté, au contact d'une jeunesse
dorée, l'incite à s'endetter sans mesure.
Il mène une vie licencieuse (où l'homosexualité
trouve sa place), mais aussi studieuse: il approfondit ses
connaissances littéraires et s'essaie à rimer.
En 1807, il publie un recueil, les Heures d'oisiveté,
qui lui vaut un cruel éreintement dans l' Edinburgh
Review. Ulcéré, il prépare une riposte
cinglante. En 1808, ses études terminées,
il ne s'amende guère, continue d'amonceler des dettes,
projette de faire le «Grand Tour» cher aux jeunes
aristocrates, pour découvrir le monde, mais aussi
pour échapper à ses créanciers.
En
1809, il prend son siège à la Chambre des
lords, publie sa satire vengeresse, organise à Newstead
d'extravagantes orgies estudiantines où il boit son
vin dans un crâne. Puis il quitte l'Angleterre et,
en pleines guerres napoléoniennes, traverse le Portugal
et l'Espagne, gagne Malte, touche la Grèce, rend
visite en Albanie à Ali Pacha, séjourne à
Athènes, pousse jusqu'à Constantinople, traverse
l'Hellespont à la nage, regagne Athènes et,
en juin 1811, revient en Angleterre, rapportant les deux
premiers chants de Childe Harold.
Sa
mère meurt sans qu'il l'ait revue. En 1812, son premier
discours à la Chambre des lords révèle
son idéal humanitaire et ses dons oratoires, tandis
que la publication de son poème lui assure une immédiate
célébrité. Le voici lancé.
Une
carrière de séducteur
Il
a une liaison tumultueuse avec lady Caroline Lamb, une autre,
plus paisible, avec lady Jane Elizabeth Oxford. Il exerce
un ascendant magique sur son entourage. En 1813, il revoit
sa demi-soeur Augusta Leigh, qu'il n'a jusqu'alors que très
peu fréquentée, et conçoit pour elle
un ardent amour, de brève durée dans les faits,
mais dont l'obsession et la culpabilité incestueuses
le poursuivront jusqu'à la mort. Medora Leigh, la
fille d'Augusta, serait née de cette rencontre. Il
publie deux contes turcs, suivis de deux autres en 1814,
avec un immense succès.
En
dépit de sa gloire, le poète ne peut faire
face à l'accumulation de ses dettes et envisage d'épouser
quelque riche héritière. Ce sera, en 1815,
Annabella Milbanke, provinciale vertueuse et sèche
avec laquelle il n'a aucune affinité et dont la dot
est imbriquée dans des biens patrimoniaux. Son union
est désagrégée quand sa fille Ada vient
au monde, et, en 1816, une séparation légale
est signée. Ada reste à la garde de sa mère.
La situation financière de Byron s'aggrave. L'aristocratie
le rejette. Il décide de fuir son pays natal.
Le
voici bientôt à Genève, où il
habite la villa Diodati. Il se lie avec Shelley, lequel
est accompagné de sa maîtresse, Mary Godwin
(future Mary Shelley), et de Claire Clermont, avec qui Byron
aura une liaison épisodique. Il en aura une fille,
Allegra, qu'il élèvera. À Coppet, il
fréquente Mme de Staël. Il ne cesse d'écrire,
commence Manfred au retour d'une excursion dans les Alpes
bernoises, puis se fixe à Venise. En 1817, il a une
liaison avec Marianna Segati, une autre avec la pittoresque
«Fornarina», compose Beppo, sur un ton nouveau.
L'année suivante, il s'installe au palais Mocenigo,
commence Don Juan, mène grand train, multiplie les
conquêtes féminines. Son marasme financier
va prendre fin avec la vente de Newstead.
L'année
1819 voit deux chants de Don Juan paraître anonymement,
éditeur et amis les jugeant par trop sulfureux. C'est
aussi celle du dernier amour du poète, qui s'éprend
de la comtesse Teresa Guiccioli, non sans péripéties:
le comte Guiccioli est ombrageux et Teresa n'entend pas
renoncer à Byron. Celui-ci, excédé,
envisage de regagner l'Angleterre, puis accepte de se fixer
à Ravenne, en 1820, au palais du comte, et devient
le «cavalier servente» de Teresa, à l'italienne.
La situation évolue, le pape accorde la séparation
des époux. Teresa quitte le palais Guiccioli, mais
Byron, à l'aise pour composer, continue d'y résider.
Il échappe à un attentat sans sourciller.
La
cause grecque
En
1821, Byron quitte Ravenne et rejoint Teresa et ses amis
Shelley à Pise. Au décès de sa belle-mère,
en 1822, il hérite de la dot enfin monnayable d'Annabella,
mais il Lord perd sa fille Allegra et Shelley. Très
atteint, il se Byro réfugie dans son oeuvre, avance
Don Juan. Il ne cessera pas d'écrire durant l'année
suivante, pendant laquelle il aura de nombreux entretiens
avec lady Blessington. Mais l'Italie va s'estomper: Byron
est élu au Comité grec de libération
contre la domination turque, s'enflamme pour cette cause,
part pour Argostoli. Consterné par la division des
Grecs, il investit dans l'entreprise des fonds considérables,
se dépense sans compter pour unifier contre les Turcs
les factions rivales. Mais il a trop présumé
de ses forces, trop pensé, trop vécu, trop
souffert: usé à trente-cinq ans, il tombe
gravement malade à Missolonghi. Ses médecins,
dont les avis divergent, font de ses derniers jours un martyre.
Il s'éteint le 19 avril 1824, pleuré comme
un père, placé parmi les héros antiques
par la Grèce tout entière qui décrète
un deuil national. La nouvelle de sa mort est un coup de
tonnerre sur l'Europe. Contre son voeu, son corps , après
une autopsie sauvage, est ramené en Angleterre, où
les honneurs de Westminster Abbey lui sont refusés.
Il sera inhumé dans l'église de Hucknall,
près de Newstead.
Poète
mythique, écrivain lucide
Il
est souvent difficile de ramener à l'unité
la personnalité de Byron, romantique bien que fervent
de Pope, cynique bien que serviteur d'une grande cause.
Sa correspondance permet d'apprécier, plus aisément
que son oeuvre poétique peut-être, la cohérence
puissante de ses vues. Byron, angoissé, ultrasensible,
n'écrit que pour se libérer de ses tensions.
Il déteste la fiction, ne traite que de ce qu'il
a vu ou éprouvé, choisit ses personnages parmi
son entourage, son héros central étant toujours
lui-même, à travers les événements
de son existence.
D'une
culture immense, il cite beaucoup, de mémoire, et
souvent Shakespeare, converse avec son lecteur, lui confie
ses pensées, ses jugements. Peu lui importe de choquer
ou de déplaire: il est vrai, sincère, abrupt.
Il se plaît à user de mètres savants:
strophe spensérienne, ottava rima. Il écrit
rapidement, presque sans corriger, en un style absolument
original plein de finesse et d'humour. Sceptique, a-t-on
dit. Il a trouvé Dieu dans la beauté de la
création et ne s'attarde pas à choisir parmi
les Églises. Pétri de spiritualité,
il déplore que le destin de l'homme consiste à
admirer des choses éternelles avec des yeux périssables,
mais il sait que toute spéculation voguant sur l'océan
de la vérité n'a jamais atteint l'autre rive,
et se contente, à l'instar de Newton, de ramasser
de jolis coquillages sur le sable.
Un
idéal humanitaire
Barrès
l'a dit «le plus haut philosophe»: Byron accepte
ses frères humains tels qu'ils sont. C'est tout ensemble
un seigneur et le plus libéral des maîtres,
des amis. Fondamentalement solitaire, il cueille les fruits
et les fleurs de la vie avec ferveur, ne hait que l'hypocrisie
et la tyrannie, fuit la sotise. C'est un whig, réformateur
modéré, qui se montre révolté,
dans un discours à la Chambre des lords, par le drame
du machinisme générateur de chômage
et de détresse. Devenu riche, il secourt généreusement
les infortunes. Doué d'un talent satirique redoutable,
il dénonce vertement les abus du pouvoir et l'inertie
des peuples. Élevé en Écosse, il devient
lui-même en découvrant la Grèce.
Célèbre
en Angleterre, bien que son anticonformisme irrite certains
lecteurs, il est adoré en France, où son influence
est majeure. Influence qui se propage dans l'Europe entière.
Il est traduit dans toutes les langues, au Japon, en Chine.
La Byron Society compte aujourd'hui vingt-cinq pays membres.
Cette association se multiplie en congrès, éditions
exhaustives, études critiques, recherches qui attestent
l'intérêt d'une oeuvre dont toutes les profondeurs
n'ont pas été sondées.
(yahoo
encyclopédie)
Bisexualité
Une
exhibition va révéler des documents sur la
bisexualité de Lord Byron dès la mi-novembre-2002
et jusqu'en février 2003. "Fou, mauvais et dangereux"
, c'est le nom de cette grande exhibition à la galerie nationale
de portrait à Londres. La bisexualité était
condamnée à l'époque de Byron et c'est
pourquoi ce trait de caractère a été
supprimé de la légende qui a commencé
à la mort du poëte.
L'exhibition montre comment Byron s'est servi de sa bisexualité
pour se promouvoir lui-meme en héro du romantisme.

Cette
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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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