Carrière
Par
sa longue existence à la charnière de deux
siècles, par son rôle dans la diffusion des
idées et des œuvres, par son talent complexe et multiple,
André Gide est une figure centrale de la récente
littérature française: Malraux a salué
en lui «le contemporain capital».
De
la crise morale à l'aveu
À
la fois classique et insolent, puritain et immoraliste,
attentif à lui-même et engagé dans son
temps, Gide vit ses contradictions dans l'inquiétude,
mais il les vit jusqu'à la plénitude. De même,
son œuvre n'assume un héritage que pour mieux en
bouleverser le contenu et les lois.
L'éveil
des sens
Son
père, descendant d'une lignée de huguenots,
était professeur de droit; sa mère appartenait
à la bourgeoisie industrielle normande. C'est donc
dans une famille aisée mais rigide qu'est né
André Gide, à Paris, en 1869. La personnalité
de ce fils unique restera marquée par la rigoureuse
éducation protestante qu'il reçoit. Il mène
des études irrégulières, dans plusieurs
établissements où son tempérament renfermé
le fait parfois passer pour un attardé. Il est même
exclu de l'École alsacienne. Il se consacre plus
volontiers à la botanique, à l'entomologie
ou à la musique, dans une douce oisiveté qui,
depuis la mort de son père, est surtout peuplée
de femmes. Il épousera d'ailleurs une de ses cousines,
Madeleine Rondeaux. Aucune nécessité extérieure
ne contrarie son penchant pour la littérature, et
il est vite introduit chez les symbolistes. Ses premiers
écrits (les Cahiers d'André Walter, 1891;
les Poésies d'André Walter, 1892) relèvent
de cette esthétique, en même temps qu'ils révèlent
la complexité de sa nature: le Traité de Narcisse,
1891; la Tentative amoureuse, 1893.
Le
vrai Gide ne se révèle qu'en 1893: atteint
de tuberculose, il part alors pour l'Afrique du Nord, comptant
sur la douceur du climat méditerranéen pour
se rétablir. C'est bien une révélation,
en effet. Convalescent, il rejette toute morale puritaine
et s'abandonne au plaisir des sens, exalte la liberté,
la volupté de vivre pleinement. Cet éveil
ne va pas sans troubler sa foi religieuse. De retour à
Paris, guéri de sa maladie et libéré
du poids des convenances, il prend aussi ses distances avec
le milieu parisien dans l'amusant Paludes (1895). Mais c'est
surtout dans les Nourritures terrestres (1897) qu'il ouvre
une voie nouvelle en célébrant le désir,
la ferveur, la sensualité. Ce livre ne rencontre
pas un succès immédiat mais exerce une puissante
influence sur les jeunes lettrés.
Entre
puritanisme et immoralisme
Désormais,
Gide ne cessera d'être tiraillé entre le puritanisme,
dont il ne peut se détacher (la Porte étroite,
1909), et l'immoralisme, qui l'attire (l'Immoraliste, 1902).
Avant de trouver son équilibre, il lui faudra vivre
cette double inclination comme une longue crise, y compris
dans son intimité: s'il s'en tient, dans son mariage,
à une pure austérité, il cherche ailleurs
le reste, ce que Madeleine supporte avec abnégation.
L'estime
que lui portent les milieux littéraires lui permet
de fonder en 1908 la Nouvelle Revue française, avec
Jacques Copeau et Jean Schlumberger. La revue, soutenue
par le banquier Gallimard, va bientôt donner naissance
à la maison d'édition du même nom. Jusqu'au
milieu du siècle, tout ce qui se fera de neuf et
d'authentique en littérature passera par la NRF,
c'est-à-dire par Gide et ses amis. En 1914, il publie
les Caves du Vatican, où le personnage de Lafcadio
se livre à l'«acte gratuit», symbole d'une
liberté sans frein, qui s'accommode de l'égoïsme.
Ce récit plein d'humour et d'audace assure la notoriété
à Gide, qui va également jouir d'une réputation
sulfureuse. Mais la guerre l'incite à la discrétion,
à se dévouer plutôt pour les réfugiés.
C'est le temps d'une nouvelle crise spirituelle. Au cours
d'une longue correspondance, Claudel avait déjà
tenté de ramener cette brebis égarée
à la foi chrétienne. C'est l'effet inverse
qui se produira: Gide rompt avec la pensée religieuse,
et avec Claudel, qui l'ennuie. Madeleine a brûlé
les lettres où son époux revenait sans cesse
sur ses déchirements. Désormais, plus rien
ne retient «l'immoraliste». C'est une nouvelle
libération.
Du
scandale au succès
Avec
Corydon (1924, déjà publié anonymement
en 1911) – justification de l'amour homosexuel soutenue
par des arguments scientifiques – et Si le grain ne meurt
(1926), Gide se livre à des confessions qui créent
le scandale. Dans le même temps, toute une jeunesse
excédée par le patriotisme se reconnaît
dans les héros gidiens. Ses détracteurs comme
ses admirateurs vont contribuer à lui désigner
la place où, le temps aidant, Gide trouvera son image,
et sa sagesse.
Le
succès se confirme avec les Faux-Monnayeurs (1925),
le seul de ses livres que Gide ait appelé «roman»,
celui qui remet le plus profondément en cause, non
plus seulement les lois de la morale, mais aussi celles
de la narration traditionnelle. Après ce livre, Gide,
âgé de cinquante-cinq ans, a le sentiment d'avoir
accompli son œuvre. Les récits suivants n'auront
d'ailleurs pas tant d'originalité. Il peut maintenant
se tourner vers le monde extérieur.
Entre
monde extérieur et monde intime
D'un
voyage en Afrique noire, il rapporte en 1926 deux documents
accablants pour le colonialisme (Voyage au Congo et Retour
du Tchad). Il participe au congrès mondial pour la
paix et se rapproche du communisme. Parti en Union soviétique
avec enthousiasme, il en revient désenchanté,
découragé et renonce à l'engagement
politique; désormais, il préférera
se garder de toute prise de position sur les questions sociales
ou politiques. La Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle
il trouve une nouvelle fois refuge en Afrique du Nord, ne
troublera pas même ce silence.
Déçu
par le monde extérieur, Gide se retourne vers lui-même,
se consacre à des confessions ou à des écrits
autobiographiques, parmi lesquels le volumineux Journal
1889-1939, qui fait de lui le premier écrivain vivant
à être publié dans la «Bibliothèque
de la Pléiade» (créée en 1932),
et qui sera complété par deux tomes consacrés
aux années 1939-1942 et 1942-1949. On peut considérer
Thésée (1946) comme le testament qu'un vieil
homme toujours alerte place en un personnage mythologique.
Tous conflits résolus, ou dépassés,
le dionysiaque immoraliste est devenu un sage.
Près
de cinquante ans ont passé depuis les Nourritures
terrestres. La génération qui s'émouvait
de découvrir le pouvoir des sens a fait place à
une autre, inquiète du devenir du monde. La jeunesse
préfère à présent la littérature
engagée et ne voit plus en Gide qu'un vieil écrivain
officiel. Celui-ci n'a plus qu'à se laisser porter
par son image et par sa renommée. Comme Hugo, comme
Goethe, il adopte l'attitude d'un patriarche serein. Les
honneurs pleuvent, parmi lesquels, en 1947, le prix Nobel
de littérature: lorsqu'une maladie de cœur emporte
Gide, le 19 février 1951, ce n'est pas le «malfaiteur»,
jadis dénoncé, qui disparaît, mais un
classique. Quel que soit le jugement porté sur son
œuvre, elle continuera de lui assurer un rôle capital
dans l'histoire littéraire du XXe siècle.
Une
autobiographie
Avec
plus de cinquante volumes, André Gide a abordé
tous les genres littéraires: le récit, le
théâtre, l'essai, les écrits intimes,
et même, à ses débuts, la poésie,
qui mérite à vrai dire moins d'attention que
le reste. Il laisse aussi une abondante correspondance.
Mais la véritable unité de son œuvre tient
évidemment à la personnalité de l'auteur,
omniprésent, et empêche de juger un ouvrage
de Gide indépendamment de tous les autres, qui lui
donnent son vrai sens. Comme le personnage d'Édouard,
dans les Faux-Monnayeurs, est placé au cœur du roman
qu'il écrit, Gide occupe le centre de son œuvre.
Au point que, d'André Walter à Thésée
en passant par Lafcadio, les noms des personnages fictifs
peuvent apparaître comme autant de pseudonymes successifs.
Ne reconnaît-on pas la même Madeleine Gide dans
l'Immoraliste et dans la Porte étroite, qu'elle s'appelle
Marceline ou Alissa? On a d'ailleurs pu reprocher à
Gide de n'avoir pas créé de vrais personnages,
vivants et autonomes, pour ne peindre que lui-même.
C'est pourtant là sa force. Car, malgré ses
nombreux récits, Gide n'est pas un auteur de «fictions».
Ennemi de l'artifice, il met la sincérité
au-dessus de tout. Comment n'aurait-il pas fini par renoncer
aux masques pour s'exprimer, sans intermédiaire,
à la première personne, puisqu'il était
son unique personnage, assez complexe pour fournir le sujet
de tant de livres ? Avec ses dernières œuvres, il
achève une autobiographie commencée, cinquante
ans plus tôt, sous des noms d'emprunt. Si le grain
ne meurt, Numquid et tu?, Et nunc manet in te, Ainsi soit-il,
le Journal forment le récit d'une vie et de ses inquiétudes,
longue confession dont l'anticonformisme frise parfois l'exhibitionnisme,
comme lorsqu'il évoque, dans le Journal, «deux
nuits de plaisir» passées avec un jeune Tunisien.
Les
thèmes gidiens
Relever
les principaux thèmes dans l'ordre chronologique
ramène donc à la biographie. Tout entière
placée sous le signe de la métamorphose et
de la diversité, la pensée de Gide ne saurait
être réduite – sans verser dans la simplification
– à quelques principes célèbres, tels
que l'exaltation de la ferveur, la haine de la famille ou
l'acte gratuit. C'est pourquoi Gide refuse d'admettre des
disciples qui risquent de l'emprisonner dans un seul de
ses aspects, figeant ses idées en enseignement. La
contradiction est son élément, la variété
sa méthode. Il peut être tour à tour
et à la fois non seulement égoïste et
généreux, croyant ou athée, mais aussi
témoin (l'Afrique, l'Union soviétique, la
cour d'assises...), moraliste (Dieu, l'homosexualité),
critique (Montaigne, Dostoïevski, Oscar Wilde), pour
ne s'en tenir qu'à quelques-unes de ses nombreuses
facettes. Mieux que Thésée, en qui il s'incarne
une dernière fois, c'est une autre figure mythologique
qui le définit le mieux: Protée, l'insaisissable
aux mille visages.
Le
style
Le
moins changeant dans l'œuvre de Gide, c'est encore le style.
Bien qu'il se soit formé sous l'influence des symbolistes,
volontiers hermétiques, voire précieux, il
semble trouver ses vraies racines dans le XVIIIe siècle.
Les mots qui le définissent sont ceux qui servent
habituellement pour les écrivains d'avant la Révolution:
limpidité, concision, naturel, pureté grammaticale.
Ce respect de la prose fluide distingue Gide de ses contemporains,
qui ont imposé au style leur puissante empreinte,
comme Proust ou Claudel. Cela ne signifie pas qu'il n'ait
innové en rien, mais sa contribution au renouvellement
des formes, qui est réelle, et dont les Faux-Monnayeurs
est le meilleur exemple, intéresse plus la structure
que le langage. Même pour lancer des anathèmes,
le ton reste celui d'un «honnête homme»,
plein de charme et d'humour. Les romans (qu'il les ait appelés
«récits» ou «sotties») retiennent
moins par l'ingéniosité d'une intrigue ou
par l'originalité des personnages que par la profondeur
de l'analyse psychologique, ce en quoi ils prolongent une
tradition française. Le style de Gide est bien celui
d'un classique, comme l'est parfois aussi sa démarche
intellectuelle, ne serait-ce que par le fréquent
recours à la mythologie. Cela explique peut-être
que tant d'insolences aient été, à
la fin, si bien acceptées par ceux-là mêmes
qui en étaient l'objet.
(http://www.encyclopedie-hachette.net/W3E/LITT/ARTICLES/ma_2058.1.html
)
Homosexualité
En
1911, André Gide (1869-1951) publie "Corydon" de
manière anonyme. Pour la première fois dans
l'histoire de la littérature française, un
auteur fait nommément l'apologie de l'amour entre
hommes. S'appuyant sur des exemples scientifiques, il retrace
l'amour grec et condamne l'hétérosexualité
dominante: "Dans nos moeurs, tout prédestine un sexe
vers l'autre, tout enseigne l'hétérosexualité,
tout y provoque: théâtre, livre, journal".
Treize ans plus tard, en 1924, il réédite
son ouvrage, en le signant cette fois de son nom. C'est
le scandale: son oeuvre est jugée démoniaque,
et tenue pour responsable de la dégradation des moeurs.
En
1926, il reconnaît être l'auteur de "Si le grain
ne meurt", livre dans lequel il décrit sa première
relation homosexuelle en Afrique du Nord.
Marié
par convention à une femme qu'il n'aimait pas, Gide
se liera en 1915 avec Marc Allégret (1900-1973),
alors âgé de quinze ans. Plus tard, Allégret
fera débuter Alain Delon et Jean-Paul Belmondo à
l'écran, et signera quelques monuments du cinéma
français ("Entrée des artistes", avec Louis
Jouvet, 1938; "Sois belle et tais-toi", et "Un drôle
de dimanche", 1958).
L'amour
de Gide se caractérise par sa pédérastie.
Il déteste les "invertis" adultes et les couples
formés d'un "Jules et d'une folle". Toute sa vie,
il aura des relations avec de jeunes prostitués.
Malgré
des moeurs qui font scandale, André Gide reçoit
le Prix Nobel de Littérature en 1947, quatre ans
avant sa mort.
http://www.lambda-education.ch/Ressources/Histoire/histchap4.htm
A
savoir ...
C'est
André Gide qui donne dès 1918 des définitions
précises : " J'appelle pédéraste celui
qui, comme le mot l'indique s'éprend des jeunes garçons.
J'appelle sodomite ... celui dont le désir s'adresse
aux hommes faits. J'appelle inverti celui qui dans la comédie
de l'amour assure le rôle d'une femme et désire
être possédé. " Tous sont homosexuels.
Le mot " homosexualité " a été inventé
en 1869 mais n'était pas encore utilisé couramment
après la Première Guerre mondiale. L'auteur
des "Nourritures terrestres " oubliait cependant de préciser
les conséquences catastrophiques pour l'enfant des
attitudes des adultes " pédérastes ". A son
époque la majorité sexuelle n'était
pas fixée à 15 ans.

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